Elli Mastorou 17 - juin - 2012 Best of, Critiques

 

Un film de Woody Allen. Avec Alec Baldwin,  Pénélope Cruz, Jesse Eisenberg, Ellen Page. Sortie le 4 juillet 2012.

 

La tournée européenne de Woody Allen continue ! Après Londres, Barcelone et Paris, c’est au tour de Rome de passer sous le spectre de la caméra du réalisateur américain.

 

 

Note : 2/5

 

Tel le chœur dans une pièce de théâtre antique, c’est un carabinieri romain qui s’adresse au spectateur dans les premières secondes de l’ouverture de To Rome With Love. Après une introduction faite de plans-carte postale qui ne sont pas sans rappeler l’ouverture de son précédent film Midnight in Paris , la caméra vient se poser sur cet homme posté sur son perchoir depuis lequel il dirige le trafic : il annonce l’histoire à laquelle nous allons assister. Ou plutôt les petites histoires qui se frôlent sans se croiser dans les ruelles de la capitale italienne. Durant les CII minutes que dure le film, le spectateur est amené à se promener lui aussi tel un touriste dans les rues de la ville aux sept collines. De la Via del Corso à la Piazza di Spagna, quatre scénarios vont se faire et se défaire tandis que la caméra balaye les toits blancs et les murets en brique baignant dans la lumière chatoyante du soleil italien. Truffé de références qui fleurent bon la Botte, de la maman (Alessandra Mastronardi) à la putain (Pénélope Cruz) en passant par les studios de Cinecittà (Ornella Muti) ou l’opéra et la voix de ses ténors (Fabio Armiliato), le film est fait de ces petites histoires cocasses et « banales » dans lesquelles des quiproquos loufoques font naître l’éclat de rire. De cet employé des pompes funèbres qui chante sous la douche à Roberto Benigni en quidam lambda accédant soudainement à la célébrité comme on attrape un rhume,  Woody Allen distille comme il sait si bien les écrire des situations comiques qui semblent tout droit sorties d’un vaudeville rital ou d’un film de Claude Lelouch. Ça crie, ça pleure ou ça s’embrasse, ça donne envie d’aller se perdre dans les ruelles latines et de rencontrer de beaux grands sombres inconnus qui te parlent en roulant les R.

 

Jesse Eisenberg dans To Rome with love de Woody Allen

©Tous droits réservés

 

Cependant, en sortant du Studio 4 de Flagey dans le brouhaha ambiant, parmi les sourires affichés des spectateurs et un avec petit air d’accordéon qui traîne encore dans la tête, force est de constater que s’il fait passer un bon moment, To Rome With Love n’est pas le genre de film qui tient la distance. Après le triomphe commercial que fut Midnight in Pariset avec une production record au rythme de minimum un film par an sur ces 30 dernières années, il est indéniable que Woody Allen est un homme aussi créatif et doué qu’il est …bavard.  C’est un leitmotiv qu’on entend souvent : « Woody Allen fait trop de films ». A trop vouloir en faire, forcément sa filmographie est inégale, ponctuée de chefs d’œuvre de l’humour (La Rose Pourpre du Caire, Hollywood Ending, Harry dans tous ses états...) comme d’œuvres mineures (Scoop, Melinda et Melinda…). Son dernier opus  rentre plutôt de la seconde catégorie. To Rome With Love est un film dispensable de la carrière d’Allen, dans le même ton que Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu : une brochette d’acteurs talentueux, le déploiement d’une équipe de tournage et de production conséquentes … pour finalement raconter pas-grand-chose. Des petites histoires aussi  amusantes, éphémères et futiles que les tracas socio-érotico-culturels de l’homme moderne névrosé : inévitables dans l’instant, mais oubliés le lendemain. To Rome With Love est une comédie légère comme le filet d’huile d’olive sur ta salade tomates-mozza dans un resto avec pignon sur rue. Tu te régales, mais une heure plus tard tu as encore faim. Il n’était pas nécessaire de déployer l’argenterie d’un dîner cinq services pour ne servir qu’une entrée. Une très bonne entrée certes, mais une entrée quand même. La critique est aisée, mais l’art est difficile, je le conçois et le concède. Mais n’empêche, pour un restaurant d’un tel renom, on s’attendait à un peu plus.

 

Un joli petit moment de ciné, où l’on retrouve avec plaisir l’humour nerveux et caustique de Woody, mais hélas pas grand-chose d’autre.

 

Commentaires