Ilan Ferry 16 - mai - 2012 Best of, Critiques

 

Un film de Wes Anderson. Avec Bruce Willis, Edward Norton, Bill Murray. Sortie le 16 mai 2012.

 
Le réalisateur de Rushmore investit Cannes avec sa bande louveteaux azimutés. Sacré Wes !

 

 

Note : 4/5

 

Cette année, le Festival de Cannes s’ouvre sur une touche enchanteresse avec Moonrise Kingdom. Pour son septième film, le réalisateur de Fantastic Mr Fox conte le périple de deux enfants bien lunés décidant de prendre la clé des champs ensemble. Un pitch simplissime qui permet toutefois au cinéaste de renouer avec ses thèmes fétiches tout en creusant davantage le sillon comique. Récit d’aventure au cœur gros comme ça, Moonrise Kingdom ne détonne jamais avec l’univers propre à son géniteur. On y retrouve l’ambiance hors du temps et délicieusement désuète de ses précédents films couplée à cet amour immodéré pour des personnages tous plus attachants les uns que les autres malgré leurs failles apparentes. Plus que jamais il est question de clowns tristes mais dont la profonde mélancolie est constamment contrebalancée par celle beaucoup plus innocente des enfants. Car oui, Anderson lâche la cour des grands pour celle des petits et, o surprise, leur spleen n’en est pas moins important ! Et histoire de ne pas perdre les bonnes habitudes, le cinéaste s’est encore une fois entouré d’un casting formidable. Si l’absence des frères Wilson (Owen et Luke) se fait ressentir, les arrivées de Bruce Willis et Edward Norton – nouveaux venus dans le microcosme du réalisateur – comblent largement cette gageure.

 

© Studio Canal

 

Mais c’est sans conteste le couple vedette Jared Gilman (Sam) et Kara Hayward (Suzy) qui tire son épingle du jeu. Le premier est bluffant en nerd romantique qu’on croirait tout juste sorti de La Famille Tannenbaum, tandis que la seconde, troublante sosie de Jessica Chastain, fascine par son doux mélange de candeur et de maturité. Tous deux forment un couple étonnant auquel on s’attache d’emblée tant leur romance nous paraît évidente. Le reste du cast enfantin est à l’avenant et chacun se distingue par ce petit plus qui le rend à part. Véritables personnages de cinéma, ils cristallisent à eux seuls les paradoxes de l’enfance et semblent être les seuls bastions de raison au milieu de cet univers doux dingue. Et ce n’est pas Cousin Ben, interprété par un Jason Schwartzman génial qui dira le contraire. Dommage qu’à trop se focaliser sur ses enfants rois, Anderson délaisse quelque peu leurs congénères adultes. Une broutille au regard du résultat qui s’avère réjouissant du début à la fin. Mélancolique sans jamais être triste, drôle mais pas caricatural, Moonrise Kingdom a quelque chose de l’Argent de Poche de François Truffaut, les deux auteurs portant sur l’enfance ce même regard tendre.  Anderson a beau s’adresser aux enfants, son film n’est jamais hautain, au contraire il a l’intelligence de ne jamais prendre son cœur de cible pour des idiots et induit une certaine maturité tout en restant accessible. Une jolie parenthèse bucolique tendrement surannée pour petits et grands !

 

Récit initiatique au sens premier du terme, Moonrise Kingdom traite de la solitude enfantine avec justesse et parvient a être joliment solaire.

 

 

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