Mehdi Bounnah 21 - mai - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Tommy Lee Jones. Avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Miranda Otto. Sortie depuis le 18 mai 2014.
 

9 ans après son atypique 3 Enterrements, Tommy Lee Jones revient avec un western funèbre et psychanalytique. Une œuvre moins morcelée que son précédent, un récit plus traditionnel mais pas forcément plus accessible.
 
 

Note : 3,5/5

 

En seulement deux films, Jones réalisateur impose une patte avec son style anti-spectaculaire, sans taper la pose de la distance par rapport au genre, qu’il ne dénigre pas malgré une tonalité et un traitement du récit assez original. Un style larvé de ruptures où le grotesque se marie souvent au tragique. On y retrouve aussi son goût pour le macabre. Ici, il impose un rythme « à la cool » et un traitement anecdotique à son histoire. Il ménage de vraies envolées morbides et cauchemardesques malgré le rythme cotonneux, avec un aspect mi- frontal, mi- onirique, et une manière détendue de montrer des trucs tordus qui prennent sens avec son histoire… Le film part dans de vraies digressions ; malgré sa structure, on échappe clairement au style « accumulation de scénettes », et tout est assez fluide et rythmé. Ce Horseman est la confirmation que 3 Enterrements n’était pas « un coup de bol ». Le film est d’une maîtrise stylistique incroyable : l’ouverture sur le cas « des trois folles » donne lieu à des tableaux morbides à la limite de l’onirisme sordide, tout ça avec une économie de plans et une facture « PAN! dans ta gueule » qui se marie très bien avec une sacrée délicatesse. Tout le style Jones se trouve là, en seulement deux films. On peut déceler dans ce Homesman une certaine maturité formelle. Il sait être puissant et évocateur avec peu. Dans ses cadres, dans sa photo tout en clair-obscur et dans ses lents mouvements d’appareils, le film représente de très belle manière les fêlures de l’âme, et le mental brisé par des décors aussi magnifiques qu’arides et peu accueillants. Le film n’a rien de « littéraire » Jones utilise tous les artifices du média pour raconter son histoire. Sur cette histoire de femmes de pionniers devenues folles, le film adopte un angle particulier : passés les magnifiques « tableaux » qui les introduisent, leurs cas n’est pas vraiment traité dans le film.

 

© Europacorp

© Europacorp

 

Ce sont plutôt des ombres qui planent sur le devenir du personnage de Swank, qui campe une femme que la vie sauvage a rendu aride. Une peau de crocodile avec un joli minois fermé. « Bossy » comme elle est appelé par deux fois dans le film. Il n’y a pas que la nature qui brise les esprits, l’homme civilisé aussi. La scène de l’hôtel bleu perdu au milieu des haies représentant une ville en devenir peut-être perçu comme un gros majeur tendu à la face de l’expansion du monde civilisé avec toutes ses règles qui broient l’humain. Cette violence sociale mise à côté de l’hostilité naturelle fait que l’humain se transforme en barre de fer coincé entre le marteau et l’enclume. Lorsque la vie n’est qu’hostilité, lutte pour survivre et violence, l’esprit se brise et il n’y a plus aucun repère (voir la scène où il profane un linceul indien avant d’être choqué par la tombe déterrée d’une fillette). Toutes ces choses-là sont évidentes à l’image, il n’y a pas de gros twists à interprétation, et tout est raconté avec un lyrisme visuel puissant… mais on peut aussi le trouver moins évident que 3 enterrements. L’enjeu semble se déliter au fur et à mesure du récit… le film glisse du road-movie à la marche funèbre en axant son champ lexical visuel sur la psychè de son héroïne et son empreinte sur celle de son homme de main. Le traitement psychanalytique que Jones applique à son histoire (toutes les storylines du film se répondent, voir la mise en perspective du devenir du perso de Swank à l’aune du trio) freine un peu l’empathie provoquée par cette jolie histoire pleine d’horreur. Car dans les faits le cas des folles devient limite un McGuffin dans les ressorts du récit.
 
 

Homesman est un breuvage funèbre, aride et déstabilisant. Il est possible que le film ne glisse pas directement après la première gorgée. Le gout peut venir après.

 

 



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