Amandine Thebault 17 - mai - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Mathieu Amalric. Avec Mathieu Amalric, Stéphanie Cléau, Léa Drucker. Sortie depuis le 16 mai 2014.
 
La Chambre bleue ou l’étrange obscurité du désir. Le goût du risque vous va si bien, Monsieur Amalric.
 

Note : 3,5/5

 
Il vagabonde Mathieu Amalric. Dans son baluchon fait d’incroyables trésors créatifs, de justesses sensibles et d’expériences de l’inouï, il débarque à Cannes d’un pas déterminé, doté d’un puzzle aussi déroutant que sophistiqué à proposer aux festivaliers. De de quoi alimenter les discussions mondaines sur la Croisette.  Quatre ans après son prix de la mise en scène pour sa sulfureuse Tournée, le réalisateur nous invite dans l’univers toujours aussi sexué, mais ici glacial, de La Chambre bleue , adapté du roman du même nom de Georges Simenon. Julien (M. Almaric) est un père de famille qui entretient une relation extra conjugale avec Esther (Stéphanie Cléau), elle même mariée à un pharmacien. Dans cette petite ville de province où les rumeurs menacent, les amants se retrouvent dans une chambre bleue, empreinte de désirs, d’aspirations et de faux semblants. Dans un ailleurs, Julien est interrogé par un enquêteur. Qui est coupable et surtout de quoi? Parce que le récit est éclaté comme peuvent l’être les souvenirs. Parce que la réalité d’une histoire échappe à celui qui pensait avoir tiré les bonnes ficelles. Mathieu Almaric nous présente ce récit cérébral comme un songe d’abstractions. Une accumulation de scènes courtes, fragmentées, soulignées par le format du film, proche de l’instantanéité des polaroids qui porteraient en eux tous les indices permettant de retrouver les pièces manquantes au puzzle.

 

© Alfama Films

© Alfama Films

 

De bout en bout, tout semble insaisissable, et c’est précisément la force de ce polar. Les personnages sont flottants, jusque dans leur diction, parfois proche de la récitation. Amalric filme l’homme vrai dans le piège. Parfois sûr de lui, parfois fébrile. Oscillant entre le confort d’un foyer graphique, (avec une Léa Drucker exceptionnelle en épouse impénétrable) et l’incontrôlable pulsion charnelle dans ces draps en désordre. Georges Simenon avait préalablement intitulés son ouvrage  » Les amants frénétiques » et c’est précisément de cette exaltation dont il est question toujours sous l’angle de la lenteur et de l’inquiétude. De ce gros plan à la Courbet sur le pubis d’Esther, la femme tentatrice est mystérieuse, intrigante de danger et de désir. Mais manipulatrice, folle d’une passion enragée, elle possède et marque son amant par la morsure et le sang. Ces tâches rouges récurrentes et tranchantes, dans ce décor épuré, laissent peu à peu entrevoir une issue fatale. Si Amalric interroge avec finesse l’enfermement dans la passion et le mensonge, il captive et prend le spectateur à parti en le manipulant tout au long de cette mystérieuse instruction, induisant un doute absolu et permanent.

L’énigme est cruelle, le suspens à son comble. Un nouvel exercice de style aussi séduisant que surprenant.

 

 




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