Ilan Ferry 16 - juin - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Steven Knight. Avec Tom Hardy, Ruth Wilson, Andrew Scott. Sortie le 30 juillet 2014.

 

 

Avant d’enflammer le bitume avec Mad Max, Tom Hardy écume les routes en mode spleen dans un huis clos qui confère au tour de force… dans tous les sens du terme !

 

Note : 3,5/5

 

Ivan Locke (Tom Hardy) a pris une décision…une décision qui va bouleverser sa vie professionnelle et privée à tout jamais. Et alors qu’il rejoint une destination mystérieuse au volant de sa voiture, ce contremaitre marié et père de deux enfants va devoir gérer un certain nombre de situations toutes plus explosives et délicates les unes que les autres. A la fin de son périple, la vie de Locke ne sera plus jamais la même, lui non plus d’ailleurs. Difficile d’en dire plus sans déflorer l’aura de mystère qui faisait déjà tout le sel de l’énigmatique bande annonce et ce, même si les tenants et aboutissants de l’intrigue nous sont très rapidement révélés. Pour sa deuxième réalisation, Steven Knight (notamment scénariste des Promesses de l’ombre et de Dirty Pretty Things) délaisse le film noir avec arrière plan social pour verser dans le huis clos intimiste. Après avoir fait déambuler Jason Statham dans les rues de Londres dans Crazy Joe, il enferme ici Tom Hardy à l’intérieur d’une voiture qu’il ne quittera pas tout au long de son trajet filmé en temps réel. Un exercice de style donc qui respecte à la lettre la règle des trois unités (de temps, de lieu et d’action). Alors que d’autres se seraient défaussés par d’habiles chemins de traverse, Knight, lui, ne désarme pas et filme son acteur principal plein pot sans jamais le quitter des yeux et transforme ainsi son gimmick en véritable outil narratif. Soit la manière la plus efficace et frontale pour plonger le spectateur au cœur de cette odyssée à taille humaine où le quotidien prend soudain des atours surréalistes comme un cauchemar dont on voudrait se réveiller le plus vite possible. L’une des grandes forces de Locke est de transformer un événement « ordinaire » en véritable marathon durant lequel un homme va devoir lutter pour sa survie aussi bien morale que mentale tout en s’efforçant d’échapper à l’écrasant spectre paternel. Un voyage au cœur de la psyché d’un homme bien décidé à prendre ses responsabilités et assumer ses actes quitte à tout casser sur son passage.

 

© Tous droits réservés

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Loin d’être pépère, la mise en scène de Knight discrète, mais jamais passe partout, regorge d’astuces rendant cette traversée encore plus immersive. Et c’est bien dans sa manière de traiter l’intime avec pudeur mais force que Locke se révèle passionnant, parce qu’à travers le regard d’un homme et ses multiples appels téléphoniques ce sont les multiples facettes de l’être humain qui nous sont données à entendre comme autant de tranches de vie que Locke s’apprête à bousculer. Car oui, sous ses dehors de huis clos vaguement conceptuel, Locke parle avant tout de la vie et des immuables répercussions que peuvent avoir un acte isolé. Une sorte d’effet dominos filmé sans emphase mais avec suffisamment de tension pour accrocher le spectateur. Dans le rôle titre, Tom Hardy se révèle formidable en homme accablé par un passé difficile, portant de nombreux poids mais déterminé à rester un homme bon quoiqu’il advienne. Tour à tour fort et vulnérable, rassurant et apeuré, il incarne à la perfection les multiples facettes d’un personnage plus complexe qu’il n’y paraît et dont le calme olympien cache des fêlures plus profondes. Parce qu’il se refuse à céder aux sirènes de la démonstration facile qu’il et qu’il réussit l’exploit de nous tenir en haleine grâce à une mise en scène et une écriture inspirée et surtout parce qu’il est tenu à bout de bras par un Tom Hardy incroyable de retenue, Locke est un film surprenant, qui, malgré les apparences, n’a rien de banal.

 

 

 

Une virée nocturne surprenante tenue de bout en bout par un Tom Hardy en état de grâce. Une belle surprise !


Film présenté lors du Champs Elysées Film Festival 2014.

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