Ilan Ferry 27 - juin - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Seth MacFarlane. Avec Seth MacFarlane, Charlize Theron, Liam Neeson. Sortie le 2 juillet 2014.

 

Le papa des Griffin s’attaque au western dans une comédie inégale mais au fort capital sympathie.

 

Note : 3/5

 

Depuis quinze ans maintenant, Seth MacFarlane s’amuse à jouer les joyeux iconoclastes en prenant comme cible la sacro sainte american way of life. Après avoir sévi à la télévision avec des shows aussi irrévérencieux que Les Griffin ou American Dad, le trublion au sourire Colgate a décidé de prendre d’assaut le grand écran. Son premier essai, Ted, hilarant exercice de piratage cinématographique, a redoré le blason du buddy movie via son personnage titre : un ours en peluche trash et uber cool qu’on rêverait tous d’avoir comme meilleur pote. Dans Albert à l’ouest, MacFarlane se met en scène dans la peau d’un fermier peureux refusant toute forme de confrontation jusqu’à sa rencontre avec la belle Anna (Charlize Theron) dont il va rapidement s’éprendre. Petit problème : cette dernière n’est autre que la femme de Clinch Leatherwood (Liam Neeson),  redoutable outlaw à la gâchette facile ! Délaissant un temps la bromance de Mark Wahlberg et son ours, le réalisateur s’attaque cette fois au western, autre institution américaine à priori peu propice à la gouaille. On dit bien à priori puisque bien avant que MacFarlane mette son grain de sel, un autre auteur, Mel Brooks, s’était essayé à l’exercice avec son cultissime Le Shérif est en prison. C’était il y a exactement quarante ans et impossible de ne pas voir en Albert à l’Ouest un hommage plus qu’évident. De son générique d’ouverture à ses numéros musicaux aux paroles lourdes de sens en passant par des personnages totalement allumés, le nouveau film de MacFarlane apparait comme une révérence absolue au cinéma de Mel Brooks. Une filiation logique tant, à y regarder de plus près, le réalisateur de La Folle Histoire du Monde semble avoir eu une influence majeure sur le parcours du papa des Griffin. On retrouve chez ces deux sales gosses, ce même amour pour le slapstick et le politiquement incorrect incarné chez le premier dans la comédie white trash et la parodie chez le second, genre dont il a été l’un des pionniers au même titre que le trio de zigotos Zucker Abrams Zucker à qui l’on devait notamment la série des Y’a-t-il…?

 

© Universal Pictures

© Universal Pictures

 

Alors concluante ou pas la passation de pouvoir ? Oui et non. Moins scabreux (quoique…) que son précédent film, Albert à l’ouest capitalise davantage sur un comique de situation où sens de l’absurde et bons mots s’enchainent à une vitesse métronomique quitte à se vampiriser l’un l’autre. Si certains gags tombent totalement à plat, d’autres parviennent à faire mouche et prouvent par l’image que MacFarlane n’a rien perdu de son mordant. Il manque toutefois à cette balade dans l’ouest, le nihilisme qui avait fait la grande force de Ted. Ici, l’acteur/réalisateur semble se brider volontairement comme peu à l’aise avec l’idée d’apposer sa patte dans l’univers du western ou intimidé par les multiples références qu’il convoque. Reste que si son film, en dents de scie, souffle le chaud et le froid, il n’en demeure pas moins traversé de vraies fulgurances en grande partie grâce à des seconds rôles savoureux venus dynamiter le tout. Si MacFarlane et Theron forment un joli couple, on se retiendra surtout d’Albert à l’ouest les performances de Neil Patrick Harris (génial en barbier arrogant), Giovanni Ribisi et Sarah Silverman en totale adéquation avec l’univers frappadingue de leur trublion de metteur en scène . Ils sont le petit grain de folie dont le film avait besoin pour s’envoler et assumer pleinement sa filiation avec le cinéma de Mel Brooks. De fait, et malgré quelques faiblesses et autres longueurs (le film aurait pu être amputé d’un bon quart d’heure !), Albert à l’ouest suscite une réelle sympathie de par son caractère débonnaire et sa bonne humeur communicative. On espère seulement que pour son prochain long métrage, MacFarlane se montrera aussi, voire plus, politiquement incorrect que par le passé. Peut-être avec Ted 2

 

Moins drôle et trash que Ted, Albert à l’ouest s’en sort toutefois grâce à des dialogues qui font mouche et une poignée de seconds rôles savoureux.

 

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