Julien Munoz 30 - avril - 2018 Best of, Critiques

 
Un film d’Anthony et Joe Russo. Avec Robert Downey Jr, Chris Evans, Josh Brolin. En salles depuis le 25 avril 2018.

 
Une nouvelle fois Marvel promet mont et merveilles avec cet Avengers qui, sans surprise, échoue à nous mener vers l’infini et au-delà.

 

Note : 2,5/5

 

Il arrive.  Thanos, le grand méchant du MCU dont Marvel tease l’entrée en action depuis maintenant dix ans (ou presque). Le destructeur de mondes désireux de récolter toutes les pierres d’infinité en allant défier les héros du MCU, tous réunit (à quelques protagonistes près) pour l’occasion. Cette ombre menaçante qui promet (nous a-t-on dit et répété incessamment) de changer de façon irrévocable la face d’une franchise, vénérée d’un côté pour sa continuité sous contrôle, décriée d’un autre pour sa taylorisation par le vide du cinéma hollywoodien. Est-ce donc vrai Marvel a-t-il pris enfin un risque ? Rien ne saura plus jamais comme avant ? A cela on se contentera de répondre par l’adage plisskien : « Plus les choses changent et plus elles restent les mêmes ». Que les fatigués des productions toutes droites sorties de l’usine à gaz Marvel ne se fassent pas d’illusion. Pas plus qu’avec le surestimé Black Panther, la révolution n’aura pas lieue. Quant bien même le récit, en théorie tragique et solennel, ose se débarrasser ici et là de quelques pions sacrifiables, et que son final en suspension prétend mettre en jeu l’avenir sombre de la galaxie, Infinity War n’est, comme ses prédécesseurs, qu’une opération de communication à grande échelle pensée et conçue par une cohorte de financiers cyniques que par des créatifs soucieux de porter l’étendard d’une culture geek, elle-même de plus en plus domestiquée par l’esbroufe mercantile. Car qu’est ce qu’a vraiment à offrir Infinity War de plus que les autres ? La réunion à l’écran de Tony Stark et Dr Strange, de Thor et des Gardiens de la galaxie autrefois cantonné à leur propres opus ? D’accord. Mais avec plus d’une vingtaine de personnages principaux à suivre, il était évident que cet Avengers ne serait pas porté sur l’étude de caractères. En cela, l’intrigue faute de temps (malgré ses interminables 2h30), passe son temps à sauter d’un groupe de héros à un autre sans prendre le temps de développer ou solidifier des interactions dignes de ce nom.

 

Marvel Studios

 
S’il faut reconnaître que la majorité d’entre eux bénéficient d’un temps de présence suffisant (même pour ce qui reste pour certains de la figuration de luxe), il demeure cette sensation de ne voir s’agiter que des figurines sans âmes dont le sort – qu’il soit dramatique ou non – importe finalement peu à l’égard du spectacle disproportionné vendu. Ce gigantisme démesuré tenant proprement de l’inédit dans un film de super-héros. Certes dans sa recherche d’épique, Infinity War multiplie lieux et terrains de jeux jusqu’à se conclure sur l’affrontement à grande échelle entre l’armée de Thanos et celle du Wakanda. S’il s’offre visuellement les moyens de son ambition, ce troisième Avengers ne possède pourtant qu’un faiblard souffle homérique en raison d’une segmentation narrative amputant prématurément à chaque fois les enjeux dramatiques, dispatchés aux quatre coins de la galaxie. Soit tout le contraire du résultat obtenu par le montage du génial Cloud Atlas qui se faisait répondre ses diverses trames temporelles et géographiques déconnectées entre-elles, par un parallélisme symbiotique pourvoyeur d’émotions. Difficile de se rattacher à des émotions ou à la plus petite sensation d’émerveillement dans les décors systématiquement vides et sans vie d’Infinity War (les populations sont soit déjà annihilées, délocalisées ou absentes), qui malgré l’abondance de moments de bravoures mécaniques préfère reporter le cœur de l’action à plus tard. On pourra toujours continuer à pester contre Marvel pour sa proportion à traiter de biais son sujet plutôt qu’embrasser sa dramaturgie et sa dimension apocalyptique que le studio choisi volontairement de désamorcer par l’inclusion d’un humour intempestif, ou de dévitaliser le genre par un formatage sans saveur qui finit par emporter tout sur son passage. Mais au final à quoi, les spectateurs déjà acquis à la cause de Marvel répondront que le studio leur donne ce qu’ils veulent : une superproduction bourrative aussi vite consommée qu’oubliée, satisfaisante le temps qu’elle dure pour mieux tourner son attention vers la suivante. Et cela fait dix ans que ça dure.

 

Pauvrement tragique et faussement épique (et inversement), le dernier opus en date du MCU se contente d’évoluer sur la ligne des précédents, d’où un long ennui poli inhérents aux productions Marvel qui n’a que trop duré.

 

 

 
Et pour prolongez le plaisir, jetez une oreille au podcast enregistré avec les amis de Fanfootage.fr à propos d’Infinity War et… Batman Ninja !

 

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