Ilan Ferry 14 - février - 2018 Critiques

 
Un film de Ryan Coogler. Avec Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Lupita Nyong’o. Sortie le 14 février 2018.

 

Marvel sort les griffes en introduisant au cinéma son premier super-héros 100% black power. De quoi révolutionner son univers ? Pas sûr…

 

Note : 2,5/5

 

Captain America : Civil War avait beau être bourré de défauts, il parvenait toutefois à susciter un certain intérêt dès lors que le personnage de Black Panther apparaissait à l’écran. Un intérêt qui est allé croissant dès lors que l’on a appris que le héros allait faire l’objet d’une aventure solo réalisée par Ryan Coogler, le jeune prodige derrière Fruitvale Station et Creed. Et alors que l’univers Marvel continuait sa phase 3 naviguant entre déceptions rigolo-chiantes (Spider-Man : Homecoming, Thor : Ragnarok) et vrai/faux dérapages contrôlés (Doctor Strange, Les Gardiens de la Galaxie 2), on désespérait de voir le studio prendre de vrais risques. Débarquent alors les premières images de Black Panther. L’univers visuel, la BO tonitruante signée par un Kendrick Lamar particulièrement inspiré laissent alors augurer un spectacle total, une virée en terre inconnu par un studio ayant appris de ses erreurs en laissant un réalisateur dont le talent n’est plus à prouver se réapproprier l’un de ses héros. Et les ponts étaient nombreux entre le cinéma de Coogler et les thématiques que Black Panther esquissait déjà dans Civil War. Si Marvel avait déjà tâté le terrain avec la très chouette série Luke Cage diffusée sur Netflix, on ne peut que saluer sa volonté de « colorer » un univers jusqu’ici beaucoup trop blanc (bon y’a Hulk mais ça ne compte qu’à moitié) et masculin pour s’aventurer hors des sentiers battus. A l’heure où le comics rattrape intelligemment son retard en termes de diversité, il était temps que le cinéma qui s’en inspire lui emboîte le pas. C’est donc chose faite avec Black Panther mais au-delà de son intérêt symbolique, le film de Ryan Coogler peut-il objectivement qualifié de bon film ? Oui et non. Dans sa première moitié, Black Panther pose des jalons très intéressants : la séquence d’ouverture, le contexte dans lequel elle semble s’inscrire laisse augurer une œuvre hautement personnelle, un cri de rage dont l’intensité rejoindra à coup sûr celles de Creed et Fruitvale Station.

©Marvel Studios 2018

 
Changement d’époque et de décors, Black Panther se mue alors en un étrange mix entre film de super-héros et film d’espionnage dont il reprend les codes pour mieux les cuisiner à sa sauce. Sorte de James Bond super-héroïque, Chadwick Boseman bouffe littéralement l’écran et fait preuve d’un charisme que n’aurait pas renié le célèbre agent secret britannique. Tout y est : des gadgets hi-techs aux personnages stéréotypés en passant par les escales géographiques… si Black Panther a décidé de jouer la carte du renouveau il le fait avec une certaine classe ! Certes sa vision très folklorique de l’Afrique à base de costumes flashys et autres danses tribales à faire passer Le Roi Lion version Broadway pour un documentaire National Geographic a de quoi faire sourire et/ou agacer mais la volonté de bien faire, d’inscrire le métrage dans quelque chose de nouveau, autre, est tellement palpable que l’on ne peut que faire preuve d’indulgence.C’est alors que survient le second effet kiss cool avec une seconde partie particulièrement laborieuse où le film décide de rentrer dans les clous en suivant scrupuleusement le cahier des charges inhérents à toutes les productions Marvel qui l’ont  précédé. Et le film de suivre un chemin ultra balisé avec son lot de passages obligés, de personnages opaques au possible et de (timides cette fois) tentatives d’humour à la ramasse. Les enjeux dramatiques sont alors traités par-dessus la jambe quand ils n’essaient pas de se « racheter une crédibilité » par une politisation assez crétine qui voit s’affronter – ATTENTION SPOILERS – deux « types » de Black Panther, l’un littéral appartenant à un héritage légitime, l’autre renvoyant au passé, à un héritage moins légitime dans ses méthodes. FIN SPOILERS.

©Marvel Studios 2018

©Marvel Studios 2018

 
En jouant la carte de l’antagonisme crétin et bas de plafond, Black Panther passe totalement à coté d’un discours politique qui aurait pu se révéler couillu et nuancé. Lâche, le film préfère le diluer dans la grande marmite Marvel, inodore et inoffensive. D’où l’impression de voir une œuvre potentiellement forte passé totalement à coté de ce qu’il aurait pu être, écartelé entre volonté de bien faire et obligation à remplir un cahier des charges bien précis. Dans sa structure, sa dramaturgie, la caractérisation de ses personnages, Black Panther renvoie autant à Thor : Ragnarok pour sa sous intrigue à base de jeune roi devant faire face aux erreurs de son père (avec flash-back à l’appui) qu’à Captain America dont le héros- titre reprend la noblesse. On saluera toutefois une mise en scène très efficace (surtout pour un premier film) et un Chadwick Boseman magnétique, justifiant à lui seul le déplacement. Au rayon des mauvaises surprises on oubliera rapidement un Martin Freeman absolument inutile en sidekick (même si le retournement de valeurs est en soi savoureux) et des effets spéciaux trop voyants trahissant le caractère opportuniste et industriel de la chose. Dommage surtout que le personnage et son sujet méritaient beaucoup mieux qu’un simple copié-collé.

 

Ni meilleur, ni moins bon que ses petits frères du MCU, Black Panther aurait pu apposer sa griffe de manière permanente mais ne nous gratifie que d’un gentil miaulement. Dommage.

 

Et pour approfondir le sujet nous vous invitons à écouter le premier podcast audio (garantie sans spoilers) de nos amis de Fanfootage.fr auquel Cinevibe a eu le plaisir de participer. Merci à eux.
 


 

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