Flavien Bellevue 4 - octobre - 2017 Best of, Critiques

 
Un film de Denis Villeneuve. Avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto. Sortie le 4 octobre 2017.
 
35 ans après la sortie de Blade Runner, l’annonce d’une suite au monde dystopique des Réplicants et de Rick Deckard, a de quoi laisser, en premier lieu, dubitatif. Projet insensé ou film inespéré, tel son prédécesseur ? Les ruisselantes ruelles de la Cité des anges du futur sont à explorer de nouveau. Attention aux spoilers éventuels.
 

Note : 3/5

 
Blade Runner…. À la simple évocation de ce titre, toute une imagerie envahit la tête du cinéphile: de la ville sombre de Los Angeles en maquette aux effets spéciaux fantastiques pour son époque, en passant par les autres décors et les costumes/coiffures/maquillages des personnages. La musique de Vangelis offre en plus un lyrisme enivrant sublimant une mise en scène inspirée afin d’évoquer les thématiques de: Philip K. Dick. Blade Runner de Ridley Scott fait partie de cette catégorie de film-somme qui marqua à tout jamais le genre science-fiction. En 2017, le film de Ridley Scott reste pour beaucoup un monument intouchable et pourtant le réalisateur Denis Villeneuve a fait le pari fou d’en réaliser une suite. Impliquant son chef opérateur, l’excellent Roger Deakins, dès le début de la production sous la houlette de Ridley Scott, le metteur en scène canadien a constitué une équipe artistique de choc incluant des hommes de la première heure tels qu’Hampton Fancher, le scénariste d’origine, Syd Mead pour la conception visuelle et Harrison Ford de retour en Rick Deckard ainsi qu’Edward James Olmos en simple caméo (un gentil petit spoiler de notre part). Si le tout est chapeauté par le réalisateur d’Alien, nulle crainte au final que le résultat ressemble à ses récentes revisites en demi-teinte de sa première saga de science-fiction (toute référence à Alien Covenant est purement fortuite / NDR). D’Incendies à Premier Contact, Denis Villeneuve a démontré tout son talent au service de scénarii recherchés où les rapports humains sont privilégiés. Blade Runner 2049 ne déroge pas à la règle.
 

Sony Pictures

 

Avec H. Fancher et Michael Green (déjà à l’écriture du remarquable Logan cette année) au script, Villeneuve nous embarque dans un Los Angeles toujours aussi chaotique plus clair que celui de 2019 mais brumeux. D’entrée, les fans retrouveront ce gros plan d’iris dont on se demande si ce n’est pas de trop tandis que les plus inconditionnels, eux, seront ravis de la première séquence qui n’est autre que la scène d’introduction qui devait servir au personnage de Rick Deckard en 1982. Quoi de mieux donc pour découvrir le successeur de Deckard qui se nomme K (pour faire court on vous épargne son matricule) à la recherche d’un Nexus 8 incarné par un Dave Bautista touchant en fermier de protéines (eh oui). C’est alors que K découvre une mystérieuse boîte enfouie sous terre contenant les restes d’une femme…Nous vous laissons découvrir en salle la suite des événements tant cette découverte va être l’étincelle de l’éveil de K interprété par un Ryan Gosling habité ou pas… (vu que le répliquant n’est pas un humain). Qu’à cela tienne, les questionnements sur le réel et l’être humain qui parcourent les œuvres de Philip K. Dick vont commencer alors à être exploités et donner lieu à des séquences fortes notamment une de séduction qui mêlent l’humain, le virtuel et l’humanoïde comme jamais et qui relève d’une prouesse technique bienvenue. On pense notamment à ce que Spike Jonze avait déjà sondé dans son magnifique Her. La présence des femmes est donc primordiale dans cette suite, qu’elle soit une menace, une figure d’autorité, de conseil ou rassurante, ce futur semble se reposer sur elle(s) ce qui est peu courant dans les récents blockbusters. En cela, Blade Runner 2049 se pose déjà comme un film de science-fiction honorable à plus d’un titre car il offre également pour ne pas déplaire aux fans du premier film, des plans à couper le souffle, pourvus de néons futuristes sous formes d’hologrammes et de panneaux publicitaires haut en couleur.
 

Sony Pictures

 

Malheureusement, Blade Runner 2049 est une suite qui débarque après 35 ans de cinéma S-F influencé par son prédécesseur et qui s’est donc déjà questionné sur le réel et la robotique. Malgré une bonne approche, on sent les thèmes réchauffés, pris dans un scénario qui se dessine finalement assez rapidement malgré une bonne fausse piste et qui laisse au final le spectateur sur sa faim. Ceci étant dit, le film de Denis Villeneuve est très loin d’être honteux et il y a un réel plaisir de redécouvrir ce Los Angeles dystopique où on retrouve un Harrison Ford en pleine forme qui débarque dans un troisième acte bien mouvementé. Par contre, on regrettera que le personnage de Jared Leto soit aussi monolithique lui donnant finalement peu d’espace bien qu’il soit secondé par une de ses créations, Luv, interprétée par l’excellente et froide Sylvia Hoeks. Le vrai bémol du film vient plutôt de la musique qui, si elle montre quelques fulgurances, n’a absolument pas la portée puissante et lyrique de celle composée par Vangelis en 1982. Au contraire, elle surligne l’atmosphère froide et oppressante qui règne dans ce futur brumeux. La départ du compositeur attitré de Denis Villeneuve, Jóhann Jóhannsson, y est sûrement pour beaucoup car Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch n’ont eu que quelques semaines pour se mettre au diapason. Résultat, la bande son cherche plus à citer Vangelis qu’à s’en détacher. Ajoutez à cela une durée un peu excessive, le film de Denis Villeneuve n’a pas tous les éléments pour dissiper l’ombre de son aîné. Néanmoins, Blade Runner 2049 trouvera, sans doute, une nouvelle génération à qui s’adresser et intéresser à l’univers de Philip K. Dick ; ce qui est déjà beaucoup.
 

Visuellement grandiose, Blade Runner 2049 est une suite inespérée à l’opus magna de Ridley Scott qui étend les thèmes évoqués du premier film sans les renouveler pour autant. Une (petite) prouesse.

 

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