Ilan Ferry 3 - décembre - 2013 Best of, Critiques

 

Un film de Kimberly Pierce. Avec Chloé Grace Moretz, Julianne Moore, Judy Greer. En salles le 04 décembre 2013.

 

Quand Hit-Girl voit rouge et se prend pour Sissi Spacek il ne fait pas bon être dans les parages… ou devant l’écran !

 

 

Note : 1/5

 

Old school is cool… à tel point qu’il ne se passe pas une année sans que l’on voie passer un ou plusieurs remakes de chefs d’œuvres du cinéma d’exploitation. Ainsi, après Total Recall – mémoires programmées et avant la très redoutée relecture de Robocop, voici venir Carrie en version 2.0.  A l’heure où les réputations se font et se défont au rythme d’une information toujours plus instantanée, un nouveau regard sur le livre de Stephen King pouvait naturellement s’imposer pour peu que cette spécificité générationnelle soit correctement exploitée. D’autant que la présence Kimberly Pierce derrière la caméra avait de quoi susciter un certain intérêt elle qui avait su si bien décortiquer le spleen adolescent dans les très beaux Boys don’t cry et Stop-Loss. Ces derniers ayant eu la justesse de transposer ce mal être sous l’angle sociétal on se disait que les chances de voir la cinéaste offrir un regard neuf et pertinent sur les tourments de la jeune Carrie étaient élevées. Las, Carrie, la vengeance (sic) se contente de copier paresseusement le film matriciel de Brian De Palma sans jamais en saisir toutes les nuances. Sorte de copie carbone totalement aseptisée, le long métrage de Kimberly Pierce reste bien trop proche de son modèle cinématographique mais peine à préserver le même malaise.  Là où le livre de Stephen King et le film de Brian De Palma traitaient du passage à l’âge adulte dans ce qu’il pouvait avoir de plus brutal, Carrie – la vengeance (sic !) préfère jouer la carte du sensationnalisme en optant pour l’excès. La faute à un manque total d’ambition et d’implication tant au niveau de l’écriture que de la réalisation.

 

© Sony Pictures

© Sony Pictures

 

Alors que sur le papier, leurs présences avaient de quoi susciter la curiosité, on se rend bien vite compte que Chloé Grace Moretz et Julianne Moore se contentent de singer leurs modèles sans toutefois apporter cette touche personnelle qui aurait pu faire toute la différence. Des prestations à l’image d’une mise en scène plate qui reproduit sans génie et avec une paresse confondante celle pourtant géniale de De Palma. Expurgé de tous ces éléments qui rendaient ses ainés fascinants, Carrie la vengeance finit par ressembler davantage à un vulgaire rip off aussi ambitieux qu’une suite en DTV qu’à une véritable relecture ancrée dans une ère où le propos de Carrie ne pouvait que gagner en impact. Ici, le poids de la religion (et la culpabilité du sexe qui en découle) au sein d’une petite ville américaine et la cruauté des jeunes exacerbée par les nouveaux outils de communication font ici office de gimmick vaguement évoqués mais jamais exploités. Dommage car avec un peu d’imagination et un vrai regard d’auteur, cette nouvelle version de Carrie aurait pu se révéler aussi réussi que ses illustres modèles mais finit par apparaître autrement plus kitsch que ces derniers. C’est dire !

 

Une copie barbante qui interpelle par son manque d’ambition et d’audace. Ceux qui n’ont jamais entendu parler de Carrie pourraient se laisser convaincre, les autres passeront aisément leur chemin.

 

 

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