Nicolas Aubry 25 - mai - 2014 Best of, Critiques

 

Il n’est jamais de batailles trop tardives. Aussi quand l’un de nos rédacteurs décide de s’insurger contre le dernier film d’Olivier Dahan, on ne pouvait que lui accorder une tribune et tant pis si le festival de Cannes est terminé !

Olivier Dahan se recolle au biopic seulement pour le pire.

 

Note : 1/5

 

Quand on voit un tel navet, on est pris par l’envie soudaine de faire une chronique fruits et légumes. Puis le sérieux reprend le dessus et on se questionne : Comment celui qui avait réussi à donner de la force, du caractère et une vraie gueule a un film grand public comme « La môme » a pu réaliser une œuvre sans chair, sans cœur et aussi lisse ? Les causes de tout cela sont peut-être à chercher du côté de l’image et de la mise en scène, alambiquée et prétentieuse. Comme souvent, il utilise la steadycam (système stabilisateur permettant des mouvements plus fluides que la caméra à l’épaule) à tout va, se lançant dans des plans interminables d’un vide émotionnel et sensoriel affolant préférant filmer des décors que des personnages en souffrance. L’utilisation de filtres pour tenter de donner un côté vaporeux et suranné apparait complètement faux et surfait. Étrangement, le palais, lieu de tensions dramatiques et trahisons, est éclairé avec des couleurs chaudes tapent à l’ œil alors que l’on pourrait imaginer une atmosphère plus glacial. Tout cela pour dire qu’on a l’impression de voir le film d’un chef opérateur plutôt que d’un réalisateur. Pourtant, celui qui s’y colle est un des meilleurs, Eric Gauthier, dont la caméra a sublimé les Resnais, Desplechin et… Into the wild de Sean Penn ! Mais dans Grace de Monaco, tout n’est que vacuité.

 

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Elle se traduit par le nombre de gros plans sur Nicole Kidman, figée comme jamais (Kubrick ou es-tu !?), larmes aux yeux toutes les 2 minutes (seule manière de la montrer en détresse, pauvreté quand tu nous tiens !), symbolisant ce qui fait un mauvais mélodrame. Sans oublier la musique omniprésente, imposant les émotions que doit ressentir le spectateur…qui, heureusement, dort depuis longtemps ! Pourtant, des pistes intéressantes existaient, que ce soit cette femme qui doit prendre la plus grande décision de sa vie, ou ces enjeux politiques qui mettent Rainier et la principauté sous pression. Mais Dahan n’a pas choisi, et surtout, n’a pas de point de vue. Il aurait pu en faire quelque chose de poétique, réaliste ou machiavélique. Mais comme rien n’existe dès le départ (jusqu’aux seconds rôles, navrants), et que tout est plastique et mécanique, le spectateur ne peut être happé par le tourbillon qui devrait emporter l’héroïne. Nous ne nous arrêterons pas non plus sur les « inventions » de scenario (Hitchcock est sur le montage des « oiseaux » quand le film nous fait croire qu’il propose un rôle a Grace Kelly) qui sont à l’image du film : grossier.

 

Comment ennuyer le public avec 30 millions ? La réponse est dans le film de Dahan, vide de bout en bout avec, à part Tim Roth, rien pour le rattraper.

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