Ilan Ferry 8 - février - 2016 Best of, Critiques

 

Un film de Tim Miller. Avec Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein. Sortie le 10 février 2016.

 

Deadpool, l’anti-héros le plus déjanté et dangereux de l’univers Marvel, arrive enfin au cinéma dans une aventure solo gore et fun.

 

Note : 3/5

 

Massacré (dans tous les sens du terme) il y a de cela sept ans dans l’oubliable X-Men Origins : Wolverine, le mercenaire mutant, toujours interprété par Ryan Reynolds, a ici droit à une origin story beaucoup plus proche du comics matriciel. On retrouve donc Wade Wilson, mercenaire bad boy coulant des jours heureux avec sa compagne (la toujours magnifique Morena Baccarin) avant d’apprendre qu’un cancer le ronge. Il va alors participer à une mystérieuse expérience qui le transformera en mutant invincible mais surtout totalement défiguré. Laissé pour mort, il va se lancer dans une quête meurtrière pour retrouver ses bourreaux. Raconté comme ça, le film de Tim Miller a tout du revenge movie mutant âpre et violent. Sauf que Deadpool oblige, le ton est ici totalement second degré et déjanté. Habile mélange de comédie et de gore, Deadpool est un concentré de trash attitude et de dérision. Irrévérencieux, vulgaire, violent et souvent très drôle, ce Deadpool là rend parfaitement justice à son homologue sur papier glacé. Dans un la peau d’un personnage qui semble avoir été créé pour lui, Ryan Reynolds s’amuse comme un petit fou, conférant au héros toute sa coolitude et son art de la vanne. C’est bien simple : on ne pouvait rêver meilleur acteur pour le rôle et il est clair et net que Reynolds EST Deadpool aujourd’hui et pour toujours. Reste que si le film remplit parfaitement son cahier des charges à base de blagues salaces, mises à mort ultra violentes et autres exactions gore il lui manque ce petit quelque chose pour en faire l’objet de piraterie ultime de la mécanique Marvel. Et de mécanique il en est justement question ici dans la mesure où le film souffre de très gros écueils sur le plan du storytelling. Passé sa phase d’exposition visant à nous faire comprendre que notre (anti) héros possède un humour noir bien à lui, le film se lâche certes dans la violence graphique et l’humour salace mais se contente au final en termes de dramaturgie de n’être qu’une version longue des différentes bandes annonces égrainées ici et là. Derrière la narration faussement éclatée, se cache un cheminement tellement linéaire qu’il en devient frustrant. Comprendre par-là que si le film fait clairement plaisir à voir, amuse et détonne dans la galaxie Marvel, il ne réserve paradoxalement aucune surprise.

 

20th century Fox

20th century Fox

 

La faute à une campagne marketing ultra-offensive et parfaitement huilée destinée à nous prémâcher tout le film. D’où une certaine frustration devant le manque d’audace dramatique d’un film qui pourtant se permettait déjà pas mal. Narrativement parlant, on aurait ainsi aimé que Deadpool prenne plus d’ampleur, s’affranchisse de ses oripeaux de « film test» pour nous faire entrer de plein pied dans la psyché complétement anarchique de son personnage-titre, mercenaire psychotique sur papier, anti-héros romantique à l’écran. Plus consensuel ici, le Deadpool de Ryan Reynolds a plus d’un atome crochu avec une Hit-Girl, à la différence près où son côté sociopathe est clairement mis en avant là où celui de Deadpool est éludé. En d’autres termes : si Deadpool est déjanté, il n’est pas bordeline. Un écueil narratif qui fait totalement l’impasse sur le moment charnière où Wade Wilson a laissé place à son éminence psychotique : Deadpool. Dès lors, si on saluera un certain jusqu’au boutisme, une propension à l’irrévérence salutaire et souvent très drôle, il manque à Deadpool cette audace, ce grain de folie supplémentaire qui en aurait fait le film contrebande parfait. Cette origin story servant clairement de baromètre filmique pour juger du potentiel commercial du personnage malgré un classement R forcément préjudiciable aux Etats-Unis, gageons qu’en cas de succès, la Fox et Ryan Reynolds auront envie d’emmener le personnage plus loin, d’accentuer ses névroses homicides déjà bien poussé et, qui sait, d’en faire le porte-étendard d’une nouvelle génération de héros estampillés « NSFW ». En cas d’échec on se souviendra du film comme d’une honorable tentative d’emmener le film de super-héros vers des rives sinueuses et iconoclastes. Malgré ces écueils, Deadpool fait un bien fou et c’est avec une certaine fébrilité qu’on attend son retour dans des aventures à la mesure de son énorme potentiel. Lors du Q&A organisé en fin de projection, Ryan Reynolds nous a avoué qu’il adorerait voir Marjane Satrapi réaliser un Deadpool. Nous aussi !

 

Drôle, gore et mal élevé, Deadpool se révèle aussi réjouissant dans son nihilisme que frustrant dans sa propension à sacrifier toute ambition narrative sur l’autel de la vanne. Reste d’excellentes idées et un Ryan Reynolds génial en anti-héros à l’humour noir.

 

 

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