Ilan Ferry 19 - avril - 2011 Best of, Critiques

 

Un film de Tsui Hark. Avec Andy Lau, Carina Lau, Bingbing Li. Sortie le 20 avril 2011

 

Tsui Hark nous plonge en plein Chine médiévale en compagnie d’un détective pas comme les autres. Le maitre est de retour !


Note : 4/5

 

Depuis plus de trente ans, Tsui Hark secoue le cinéma HK avec une énergie qui ne s’est jamais démentie. En 44 films oscillant entre indéniables réussites (The Blade, Il était une fois en Chine) et franches déceptions (Black Mask 2, Double Team), il n’aura eu de cesse de repousser les limites de l’Entertainment en brisant le plus de codes possibles. Une douce folie qui aura irriguée toutes ses œuvres mêmes les plus mineures. Après quelques infructueux exercices de style et autres productions destinées à gonfler les rangs des vidéos-clubs, il revient avec une nouvelle bombe filmique, preuve supplémentaire d’une vivacité qui n’attendait qu’à resurgir!

 

Andy Lau dans "Detective Dee" de Tsui Hark

 

Plus Sherlock Holmes que Judge Dredd, le juge Dee (surnommé Détective Dee) est un fin limier popularisé par les romans du diplomate néerlandais Robert van Gulik. Doté d’un sens de l’observation hors pair, il doit déjouer ici un odieux complot visant l’impitoyable impératrice Wu Ze Tian. Une enquête qui l’entrainera aux frontières du surnaturel où hommes et forces occultent s’adonnent à de dangereuses danses. Flirtant avec les genres (Wu Xa Pian –film de sabres chinois- polar, fantastique), Détective Dee part dans tous les sens et conjugue admirablement conte fantastique et intrigue policière à faire pâlir de jalousie Agatha Christie. Un fastueux mariage qui n’est pas sans rappeler son premier film Butterfly Murders ainsi que l’enivrant Zu, les guerriers de la montagne magique. En effet, avec sa recette à base de personnages mythiques, spectres vicieux et autres romances mélancoliques, Détective Dee renvoie à cette période où le cinéaste s’amusait avec le folklore de son pays pour nous pondre d’incroyables contes où la  majestuosité des images n’avait d’égale que la douce poésie qui s’en dégageait. Un réjouissant retour aux sources à situer entre Histoire de Fantômes chinois et Il Etait une fois en Chine. Et si il ne possède ni la grâce du premier ni le souffle épique du second, il témoigne d’une énergie hautement salvatrice et contagieuse. Soignant parfaitement son cadre, Hark met la forme au service de son fond tout en s’autorisant quelques beaux morceaux de folie.  Car oui, ici comme dans tout Wu Xia Pian qui se respecte, les personnages défient les lois de l’apesanteur au cours de superbes combats signés ici par le grand Sammo Hung. Bien que n’atteignant pas le niveau de perfection de Yuen Woo Ping (qui avait notamment officié sur la saga Il était une fois en Chine), elles n’en demeurent pas moins impressionnantes et contribuent à l’aspect aérien du film au point de sembler le figer dans le temps au cours de séquences conférant à l’état de grâce.

 

 

Bingbing Li dans "Detective Dee" de Tsui Hark

 

Ne vous attendez donc pas à vous retrouver devant une version médiévale des Experts tant Détective Dee assume son héritage culturel via une conception très orientale du roman policier où l’onirique le dispute sans cesse à l’intellect. Si Détective Dee emprunte des chemins aussi sinueux pour nous autres occidentaux, c’est pour mieux se faire la radiographie d’une époque – presque irréelle- où les forces de la nature se nourrissaient de la superstition des hommes, tandis que l’Histoire continuait son inlassable marche. Ou comment conjuguer harmonieusement éléments historiques et fantastiques sans jamais verser dans l’hérésie.  Mais ce détective n’est pas exempt de reproches. Si le film se montre réjouissant dans son approche très old school (comprendre par là symptomatique d’une volonté de Tsui Hark de revenir aux fondamentaux de son cinéma), celle-ci se voit éclipsée par une esthétique très cheap convoquant fonds verts et images de synthèses parfois hideux. Dommage tant ce parti pris a parfois pour effet de nous sortir du film et de l’inscrire dans une époque sacrifiant souvent la féerie sur le sacro saint autel du tout numérique. Un détail pas si mineur que ça qui entache quelque peu le plaisir procuré par ce spectacle très « Shaw Brothers approuved » et servi par un Andy Lau (Infernal Affairs) impeccable dans le rôle titre.

 

Retour en force pour Tsui Hark qui signe ici son film le plus abouti depuis l’étourdissant Time and Tide. Rien que ça !

 

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