Ilan Ferry 22 - août - 2018 Best of, Critiques

 
Un film de John Turtletaub. Avec Jason Statham, Li Bingbing, Rainn Wilson. Sortie le 22 août 2018.

 

Jason Statham boit la tasse dans un nanar aquatique light sur tous les plans.

 

Note : 1,5/5

 
Avec le récent Rampage – Hors de contrôle et aujourd’hui En eaux troubles, on peut dire que Warner tient un concept assez novateur : le film de « gros bras contre grosses bêbêtes ». Une formule qui avait plus ou moins bien fonctionné avec Dwayne Johnson et qui se trouve ici déclinée en mode estivale avec Jason Statham en maitre des mandales ! Et oui sur le papier on ne peut qu’être excité à l’idée de voir le comédien à la mâchoire serrée bastonner un requin taille XXXL, un peu comme si Les dents de la mer rencontrait Road House au confluent des séries B bâtardes. Seule petite ombre à ce tableau idyllique : la présence au poste de réalisateur du tâcheron John Turtletaub à qui l’on devait les déjà pas terribles Benjamin Gates 1&2. On ne peut pas tout avoir ! Peu importe le gus derrière la caméra pourvu qu’on ait l’ivresse de la cogne, et puis merde c’est l’été notre cerveau aussi a droit à des vacances ! Des muscles, du requin, de la punchline… tous les astres étaient alignés pour faire d’En eaux troubles le divertissement estival con comme la lune parfait pour clore l’été en beauté. Sauf qu’à quelques semaines de la sortie du film, les langues se délient et en particulier celle de Jason Statham qui regrettait que le résultat ait aussi peu à voir avec le projet sur lequel il s’était engagé, beaucoup plus méchant et gore à l’origine. Et au terme de deux heures de projection on ne peut que partager le désarroi de Jason : En eaux troubles est un film de requins family friendly aussi saignant qu’une ballade dans une boutique végan et fun comme un redressement fiscal à Noël ! Imaginez donc un mix entre Seaquest (mais si le rip off sous-marin de Star Trek produit dans les années 90 par Steven Spielberg !) et Crazy Rich Asians et vous aurez alors une petite idée de ce que vous réserve cette plongée en Eaux troubles entièrement pensée, calibrée pour le marché chinois (le film est une co-production sino-américaine) à l’image des récents Pacific Rim 2 et Skyscraper.
 

Warner Bros Pictures


 

Mais l’aspect le plus « terrifiant » du film ne réside pas tant dans sa manière de dresser le tapis rouge à ses actionnaires que dans sa propension à ne pas assumer le genre dans lequel il s’inscrit. Jamais traversé de moments ou de répliques débiles à la Peur Bleue, En eaux troubles déroule son intrigue et ses dialogues au ras des pâquerettes avec un premier degré qui le font immédiatement sombrer dans les eaux tumultueuses du nanar, le fun en moins. Difficile en effet de traiter avec sérieux cette histoire de requin préhistorique aussi énorme que l’égo de Kanye West à moins d’y aller franco dans le film de trouille ou au contraire de jouer la carte du divertissement parodique et outrancier à la Piranha. L’aileron entre deux bateaux, En eaux troubles prend la décision courageuse de ne prendre aucun de ces virages préférant verser dans le divertissement PG-13 inoffensif et creux avec son lot de bons sentiments, de personnages cruches (dont une petite fille qui devrait à elle seule inciter la Chine à revoir sa politique de contrôle des natalités) et un requin en CGI aussi violent qu’un objecteur de conscience défoncé à la weed ! Il en résulte un film bâtard dont le changement de cap négocié en milieu de parcours saute aux yeux. Visuellement laid, réalisé avec les pieds, écrit avec un quart de cerveau et interprété par des comédiens aussi expressifs que des croustibats, le film de John Turtledaube sent le poisson faisandé à des kilomètres et n’essaie jamais de transformer son pitch débile en expérience fun. Il lui manque le mordant – dans tous les sens du terme-, la méchanceté d’un Alexandre Aja ou d’un Eli Roth dont le côté sale gosse aurait forcément fait des merveilles ici transformant cette chasse au mégalodon en pur film popcorn. En comparaison Rampage et sa bêtise plus ou moins assumée font office de maitre étalon et l’on en vient à se dire que décidément la major qui a autrefois accueilli des trublions comme Joe Dante, John Landis ou George Miller a décidément du mal à nous refaire du monster movie digne de ce nom. Vu le succès du film qui comptabilise plus de 300 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis et en Chine, pas certain que la tendance s’inverse !
 

Décérébré dans le mauvais sens du terme, En eaux troubles n’assume jamais sa zederie et se complait dans un 1er degré ennuyeux.

 

Commentaires