Ilan Ferry 19 - août - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Nicolas Castro. Avec Pio Marmai, Gaspard Proust, Laetitia Casta. Sortie le 20 aout 2014.

 

Le documentariste Nicolas Castro tente de mêler petite et grande Histoire dans une chronique charmante mais beaucoup trop superficielle au regard de son ambitieux sujet.

 

Note : 2/5

 

Depuis presque dix ans, Nicolas Castro s’est fait une spécialité de décortiquer la France vintage, interdite, des années 70 à nos jours à travers une série de documentaires aux titres aussi évocateurs que Mon curée chez les bidasses, L’âge d’or du X ou encore Brigitte et moi. Avec Des lendemains qui chantent, le réalisateur franchit pour la première fois du long-métrage de fiction tout en restant fidèle à ses thèmes de prédilection. C’est ainsi qu’il déroule sur vingt ans les destins de deux frères depuis l’élection de François Mitterrand en 1981 à la défaite de Lionel Jospin en 2002. Sur deux décennies riches en péripéties, Castro raconte comment les idéaux se heurtent aux dures réalités sociétales et déroule le portrait d’une société en pleine mutation, empêtrée, comme les personnages principaux, dans ses contradictions. Un sujet passionnant et ambitieux qui n’est pas sans rappeler le très dense Nos meilleures années que le film érige ici en modèle. Seulement voilà : si le film de Marco Tullio Giordana parvenait à passionner malgré ses six longues heures, le film de Castro, lui, tourne rapidement en rond en tout juste une heure et demie. Un peu court pour dérouler vingt ans de révolutions en tous genres (politique, sociétale, sexuelle, technologiques). Trop occupé à vouloir dresser le portrait à charge (mais pas trop quand même) d’une gauche qui aura bien évoluée depuis 1981 entre idéaux socialistes révolutionnaires et libéralisme décomplexé , Castro finit par traiter son sujet de manière très superficielle, privilégiant constamment la démonstration, voire la caricature, facile, sans jamais essayer d’approfondir les choses. Il manque au métrage ce recul indispensable à la fiction qui l’aurait d’emblée distinguée du document pédagogique. A trop hésiter entre chronique humaine et politique, Des lendemains qui chantent, esquisse des pistes mais ne les explore jamais vraiment et surtout ne se mouille que trop peu. Dommage car les intentions sont bien là et dès lors que Castro prend la peine de s’intéresser à ses personnages au lieu d’être purement illustratif, le film ne manque pas de charme grâce notamment au duo formé par un Pio Marmai (Un heureux événement) toujours impec et un Ramzy Bedia étonnamment sobre en précurseur du minitel rose, référence à peine voilée à Xavier Niel. Au final, on retiendra un premier essai pétri de bonnes intentions démarrant sur les chapeaux de roues mais ne se hissant malheureusement jamais à la hauteur de ses belles ambitions. Dans le genre comédie « gaucho et fière de l’être » mieux vaut revoir Le nom des gens autrement plus émouvant et virulent.

 

© UGC

© UGC

 

Surfant plutôt bien sur la nostalgie pour les années 80, Des lendemains qui chantent aurait toutefois gagné à être beaucoup plus subtil. Le changement c’est pas pour tout de suite !

 

Powered by Preview Networks

Commentaires