Ilan Ferry 25 - mai - 2017 Best of, Critiques

 

Un film de Joachim Rønning et Espen Sandberg. Avec Johnny Depp, Javier Bardem, Geoffrey Rush. Sortie le 24 mai 2017.
 

Jack Sparrow revient pour un retour aux sources malheureusement assez vain malgré quelques belles pirouettes.
 

Note : 2/5

 
À quelques exceptions près, l’été 2017 s’annonce quelque peu avare en « bons » blockbusters et ce n’est pas Pirates des Caraïbes 5 qui attestera du contraire tant il fait preuve de paresse. Dans ce 5ème (déjà !) opus, Jack Sparrow doit affronter un capitaine mort vivant (oui encore un !) du genre très rancunier (oui lui aussi !). Pour échapper à une mort certaine, notre cher capitaine accro au rhum va devoir se lancer à la recherche d’un artefact accompagné (encore une fois) d’un jeune premier aussi expressif qu’un catcheur déclamant du Shakespeare et – une fois n’est pas coutume – d’une belle demoiselle au caractère bien trempé ! Raconté comme ça Pirates des Caraïbes 5 ressemble furieusement aux quatre opus qui l’ont précédé, le souffle épique en moins ! Et le film de recycler paresseusement les ingrédients de ses ainés au point de faire dans la décalcomanie. Tout est là pour donner aux fans (?) de la saga ce qu’ils veulent : un Johnny Depp cabotin collé à sa bouteille de rhum tout en faisant des galipettes, des pirates d’outre-tombe, de méchants soldats anglais, des blagounettes vaseuses et un petit singe vindicatif. Et si la première partie fait illusion grâce à la présence d’un Johnny Depp dont le je-m’en-foutisme fait paradoxalement office de seul élément rafraichissant, sa petite ritournelle ne parvient toutefois pas à masquer l’immense vacuité de l’ensemble.  Et ce n’est malheureusement pas la présence de Javier Bardem qui y changera grand-chose tant son personnage manque de substance (c’est le cas de le dire !) comparé à un Barbossa ou un Davy Jones. Et c’est bien dommage tant il y avait le potentiel pour faire de ce bad guy un antagoniste à la hauteur de ses ainés. Si sa première apparition fait son petit effet et laisse augurer un opus à la tonalité plus sombre, la suite le relègue au rang de gentille péripétie où il se contente de grimacer et de rouler les r. La volonté de renouer avec le charme presque désuet du premier film est là mais il manque à la barre la folie contagieuse d’un Gore Verbinski dont le sens de la démesure – même s’il ne marche pas tout le temps – aurait à coup sûr suffit à dynamiser une intrigue beaucoup trop pépère. En yes men dociles, les norvégiens Joachim Rønning et Espen Sandberg (Bandidas) filment les quelques morceaux de bravoure ponctuant l’ensemble avec conviction mais sans passion à l’exception d’une scène de guillotine délirante et très bien gérée, preuve même que l’intérêt de la saga tient uniquement au gout prononcé de Depp pour le slapstick. Passé ce très beau tour de force, il faudra attendre peu de temps pour que le film apparaisse comme il est réellement : une tentative presque désespérée de réalimenter une machine qui n’a cessé de tourner à vide depuis le second volet.  Sans être insupportable, Pirates des Caraïbes 5 se laisse suivre sans réel ennui mais sans intérêt non plus, davantage comme une énième occasion de regarder Johnny Depp faire le pitre (avec cynisme certes mais efficace) que comme les retrouvailles tant attendu avec des personnages que l’on affectionne. Pour son 5ème voyage, la saga aurait pu jouer la carte du renouvellement, elle a préféré jouer celle du simili remake poussif. Tant pis pour Disney mais surtout tant pis pour nous !

© Disney Enterprises

 

 

Pris entre redondances et clins d’œil forcés, Pirates des Caraïbes 5 finit par tourner en rond après une première partie efficace à défaut d’être audacieuse. Sans être un navet, le film suscite une indifférence polie. Aussitôt vu, aussitôt oublié.

 

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