Mehdi Bounnah 6 - juin - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de David Michod. Avec Guy Pearce, Robert Pattinson, Scoot McNairy. Sortie depuis le 4 juin 2014.

 

Le réalisateur d’Animal Kingdom nous embarque dans un road trip angoissant d’un nihilisme rare. Accrochez-vous !

 

Note : 3/5

 

Tout droit sortie de l’imaginaire de l’acteur Joel Edgerton (Warrior, Zero Dark Thirty) et du réalisateur David Michôd, cette histoire d’un homme sans nom prêt à buter un paquet de monde pour récupérer sa voiture impose un style d’une sécheresse suffocante et une tonalité sans pitié, le genre du post-apo sciant à merveille pour décrire ce monde sans espoir. Visuellement, le film joue la carte du minimalisme dans le portrait de cet univers « Australie, 10 après la chute ». On n’est plus proche d’un pays du tiers-monde que du bric à brac fantaisiste des suites de Mad Max. Cette virée sauvage dans l’outback possède un style à la lisière de l’arty et de la série B, entremêlant de nombreuses plages mutiques avec un étalage de gueules sales, fermées et muettes, au sein d’un récit en ligne droite. Le film alterne de longs plans composés de mouvements d’appareil lents avec des explosions de violence inattendues. (Une approche qui fait penser au premier film de John Hillcoat, le western mystique The Proposition). Le sound-design du film, qui a deux ou trois envolées étranges prêt, qui sonnent à la limite du hors propos, impose une ambiance à l’hypnotisme prégnant. Le maquillage et les costumes fourmillent de détails inconfortables qui diffusent le malaise, et les paysages du désert australien irradient la pellicule d’une atmosphère étouffante.  Le film modère hélas un peu sa radicalité avec une tentative d’empathie légèrement forcée vis-à-vis du personnage interprété par Pattinson, quand bien même le traitement de ces scènes reste sec et minimaliste. Tout le discours assez intéressant sur la perte d’humanité entache un peu l’austérité sauvage de cette virée en enfer. Du coup, aussi rythmé que soit le film, avec sa course poursuite quasi statique, il ne retrouvera plus vraiment l’efficacité de sa (longue) scène d’ouverture quasi-muette, véritable modèle d’efficacité en terme de mise en place et d’exposition narrative. Une scène concise exécutée avec beaucoup de rigueur qui, à l’image des apparats S.F. du film, fonctionne avec très peu. Le final laisse un arrière goût de poussière et de sang dans la bouche, la sensation d’être arrivé au bout d’un voyage dénué d’une quelconque possibilité de rédemption.

 

© Metropolitan Filmexport

© Metropolitan Filmexport

 

Malgré de maigres défauts, The Rover reste totalement estimable dans ses ambitions et dans son résultat sans concession.

 
 



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