Ilan Ferry 14 - novembre - 2014 Critiques

 

Un film de Bora Dagtekin. Avec Elyas M’Barek, Karoline Herfurth, Katja Riemann. Sortie le 12 novembre 2014.

 

Le modèle allemand en prend un sacré coup dans cette comédie régressive s’assumant parfaitement telle quelle.

 

Note : 3/5

 

Des profs politiquement incorrects, le cinéma (principalement américain) nous en a servi à la pelle du séminal Un flic à la maternelle au trop sage Bad Teacher en passant par le consensuel mais néanmoins sympathique Esprits rebelles. Un sillon que creusent désormais nos amis allemands avec vingt ans de retard dans ce bien nommé Un prof pas comme les autres. Avec son pitch résolument simpliste (un ex taulard se fait passer pour un prof afin de récupérer son butin planqué dans un collège) et ses personnages caricaturaux à souhait, le film de Bora Dagtekin fleure bon le retour à un cinéma régressif, crétin, loin des young adulteries totalement ineptes qui fleurent depuis presque dix ans. Mais là où ses congénères US se paraient toutefois d’une relative sagesse derrière leur aspect transgressif, Un prof pas comme les autres opte lui pour une approche beaucoup plus frontale et osons le dire vulgaire. A l’image des ersatz teutons d’American Pie qui ne faisaient pas du tout dans la dentelle préférant redorer couleur sperme le blason de la comédie teen, ce prof là est lui aussi pas mal porté sur les crachats, vomis et autres fluides en tous genres. Non, Un prof pas comme les autres n’est pas un film fin, il rase les pâquerettes plus d’une fois, frappe souvent en dessous de la ceinture mais paradoxalement ça fait du bien ! Car dans le genre il faut bien admettre que rares sont les films montrant un prof insulter ses élèves, les viser au paintball ou littéralement les escroquer. C’est un peu ça Un prof pas comme les autres : un condensé de mauvais gout frondeur qui s’assume tel quel quitte à nous faire sortir le carton rouge plus d’une fois et coincé et coincé dans une esthétique clipesque 90’s trahissant les origines télévisuelles de son réalisateur. Oscillant constamment entre le profondément débile et l’attachant, le film dégage une espèce de charme suranné qui le rend foncièrement sympathique en dépit de scories souvent répréhensibles (BO pop horripilante à convertir un jeune boutonneux fan de One Direction en adorateur de Bach, personnages secondaires outranciers). Mais surtout Un prof pas comme les autres ne serait qu’une vaine tentative de chasser sur des terres depuis longtemps labourées sans la présence de son casting. Monstre de charisme d’un rare magnétisme, Elyas M’Barek est parfait en bad boy bougon, sorte d’ours mal léché aussi peu futé qu’attachant. A ses cotés, la mimi Karoline Herfuth charme en prof maladroite et candide. Les deux forment un couple foncièrement attachant dont la romance crédible prend le temps de se construire entre deux gags crétins.

 

© Constantin Films

© Océan Films

 

 

Comédie bas de plafond à la bonne humeur communicative, Un prof pas comme les autres allie efficacement charme et mauvais gout pour un résultat détonnant.

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