Ilan Ferry 12 - avril - 2017 Best of, Critiques

 
Un film de F.Gary Gray. Avec Vin Diesel, Dwayne Johnson et Charlize Theron. Sortie le 12 avril 2017.

 

Rien ne va plus chez les Fast&Furiouseurs : leur vénérable et vénéré chef, le grand baboulinet, a décidé de changer de garage pour les beaux yeux d’une Charlize Theron en mode rasta. 8ème opus révolutionnaire ou furieusement fastidieux ? Réponse à cent à l’heure dans notre critique.

 

Note : 2/5

 

Stoppez les machines, mettez les moteurs au repos et fermez vos capotes (de voitures hein !) car pour la 1ère fois depuis son surprenant 5ème épisode, la franchise Fast&Furious tombe en panne sèche et montre de sacrés signes de fatigue. Panne sèche d’inspiration d’abord car le film a beau jouer la carte du renversement de valeurs, il ne fait pas grand-chose des nouvelles dynamiques mises en place. Et pourtant il y avait de quoi faire entre un Dom qui se retourne contre sa famille, une hackeuse omnisciente en guise de super-méchante et cette bonne vieille trogne de Jason Statham en héros malgré lui. En déconstruisant tout, Fast 8 avait là une opportunité rêvée de tout reconstruire sur les cendres d’une franchise qui commençait lentement mais surement à décliner après que l’escale brésilienne ait placée la barre aussi haute. Dommage car faire d’une femme, la pire ennemie de Torreto et sa bande davantage habituée à affronter des gros bras avait tout d’une riche idée. Encore aurait-il fallu que cette dernière ait réellement quelque chose à défendre mais surtout son statut de super hackeuse bien décidée à faire vaciller l’équilibre mondial en fait plus une méchante à la xXx qu’à la Fast&Furious. De même faire de Jason Statham, l’uber méchant de Fast7, une fine gâchette au « sale caractère mais sympa quand même quand on gratte sous la surface » (on rappelle quand même – spoiler alert- que le monsieur a tué l’un des membres de la team à la fin de FF6) totalement interchangeable avec ses personnages d’Expendables et du Flingueur, est symptomatique du manque de risque total pris par cet opus qui confond constamment révolution avec régression au point de devenir presque interchangeable avec un certain xXx. A l’heure où le scénariste Chris Morgan verrait bien Dom et ses amis aller dans l’espace faire un petit coucou à Riddick autre personnage-phare interprété par Vin Diesel, il y a de quoi se poser des questions sur la stratégie adoptée par le roi de la gonflette et sa place au sein de l’industrie. Et si au final, l’acteur n’ambitionnait rien d’autre que d’enchainer les prouesses physiques (à l’image d’un certain Tom Cruise) dans ce qui s’apparente de plus en plus à des pubs géantes pour RedBull ? On ira même plus loin en disant que Vin Diesel incarne à lui seul une nouvelle forme de placement de produit où il serait la marque. « Sobrement » sous-titré « Fate of the Furious » Fast8 apparait alors davantage comme une longue, trop longue ode à la gloire des muscles de Vin que comme le divertissement régressif qu’il devrait être. Ou comment phagocyter une saga miraculeusement ressuscitée à mi-parcours par un égo surdimensionné.

Universal Pictures

 

Alors oui, Fast&Furious 8 enchaine les morceaux de bravoure tous plus abracadabrants les uns que les autres, demeure par moments un vrai plaisir coupable et si certaines séquences sont impressionnantes (notamment une évasion de prison aussi musclée qu’ultra millimétrée et un final over the top à souhait), elles peineront à rester en mémoire, pire : pour la 1ère fois depuis son piteux épisode 2, un Fast&Furious réussit l’exploit de provoquer un ennui poli (pour ne pas dire autre chose !). La faute à des scènes d’action bien mal agencées et surtout gérées par un F.Gary Gray que l’on sent peu à l’aise avec l’exercice. Certes, on lui doit le fiévreux Straight Outta Compton mais aussi une filmographie inégale allant du nanardesque Que Justice soit faite aux creux Un homme à part ou Le Négociateur en passant par le plutôt efficace Braquage à l’italienne. Des séries B sympathiques, jamais vraiment honteuses, mais qui ne l’auront certainement pas préparé à gérer une logistique aussi lourde que sur ce Fast8. En bon yes man, Gray fait le boulot mais n’essaye jamais d’y apporter une once de ludisme là où les précédents opus le faisaient. Fast5 avait sa course poursuite démentielle à Rio, Fast6 ses cavalcades survoltées, Fast7 ses sauts de voiture survitaminée entre deux voitures, FF8 lui aura… Dwayne Johnson et Jason Statham. Car non ce que l’on retiendra surtout de ce 8eme opus ce ne sont pas ses poursuites en bagnole où les instants shakespeariens d’un Vin Diesel louant une fois n’est pas coutume les vertus de la famille, mais bien les échanges fleuris entre Johnson et Statham dans des numéros de danse verbales à faire pâlir de jalousie les plus lettrés des catcheurs de la WWE. Rien que pour ces moments de poésie pure où les bons mots jaillissent avec la finesse d’un Steven Seagal en plein grand écart post-coïtal, Fast8 vaut le déplacement. Le bourrin, à la fois néo-beauf et nostalgique des années 80 qui sommeille en vous devrait apprécier. Pour les autres sachez que Lost City of Z est toujours en salles et que c’est un très beau film qu’il serait dommage de louper… mais je m’égare ! De Fast8 on retiendra donc deux séquences très fun (mais sur deux heures quinze de métrage avouez que ça fait un peu court), une débilité assumée avec toujours autant d’aplomb et… c’est tout !  Ainsi le plus frustrant dans Fast8 ne réside pas tant dans sa propension à prendre le spectateur pour un bœuf que dans son manque d’imagination flagrant que peine à cacher des effets « bigger, louder » beaucoup trop voyant pour être honnêtes. En résumé : le film fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Autant d’éléments qui montrent que la franchise a décidé de rester sur ses acquis là où justement une remise en question était nécessaire. D’autant plus nécessaire que la famille Fast&Furious a subi de plein fouet la disparition de Paul Walker dont l’absence se fait douloureusement ressentir…surtout quand le film introduit maladroitement un « remplaçant » incarné par le fadasse Scott Eastwood. Et si l’âme de la saga s’appelait Paul Walker et non pas Vin Diesel ? A méditer…

 

 

Plus mauvais opus de la saga depuis Fast&Furious 2, FF8 garde en fun ce qu’il perd en cœur. A trop recycler la même formule, la franchise finit par tourner en rond. Circulez il n’y a malheureusement (plus ?) rien à voir !

 

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