Ilan Ferry 26 - août - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Brett Ratner. Avec Dwayne Johnson, Ian McShane, John Hurt. Sortie le 27 aout 2014.

 

Brett Ratner délaisse les buddy movie bas du plafond pour s’attaquer à un projet autrement plus intéressant de par les thèmes qu’il brasse. Moyen mais honnête.

 

 

Note : 2,5/5

 

Qu’ont en commun Kevin Sorbo et Alan Moore ? A priori pas grand-chose si ce n’est que les deux hommes sont sacrément remontés contre Hercule, le nouveau film de Brett Ratner. Certes, leurs raisons n’ont rien à voir avec la qualité intrinsèque du métrage (le premier s’est offusqué de ne pas avoir eu doit à son petit cameo tandis que le second dénonce une campagne de promotion capitalisant soudainement de manière posthume et opportuniste sur le nom de son ami Steve Moore, auteur du roman graphique original), mais avouons que la simple évocation du nom de Brett Ratner avait de quoi susciter la plus grande des méfiances. Il faut dire que le monsieur a un casier sacrément chargé lui qui n’a pas hésité à désacraliser des icones aussi emblématiques qu’Hannibal Lecter ou Wolverine dans les piteux Dragon Rouge et X-Men 3. Et de désacralisation il en est fortement question dans cette version des aventures d’Hercule à la différence près qu’elle fait partie intégrante du récit, mieux, elle l’irrigue pour le meilleur comme pour le pire. Dans cette adaptation du roman graphique de Steve Moore qui aura toujours désavoué le projet de son vivant, on découvre un Hercule plus humain, simple mercenaire dont la légende s’est construite au fil des récits largement romancés de ses aventures. Une approche intéressante qui vise à démystifier le héros pour mieux découvrir l’homme derrière la légende et qui se révèle ici aussi passionnante que frustrante. Passionnante car elle donne à voir une facette inédite de cette figure mythologique au travers de laquelle se dessine une intéressante réflexion sur la construction d’un héros. Toutes proportions gardées, ce Hercule s’approprie cette célèbre citation de L’homme qui tua Liberty Valance : « Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende. ». Et si la légende dépasse en effet la réalité, le film ne cesse de vouloir nous ramener constamment à celle-ci en démontant un à un les multiples rouages qui ont contribué à la réputation d’Hercule. Que ceux qui s’attendaient donc à une version customisée de la célèbre série avec Kevin Sorbo passent leur chemin, cet Hercule là se veut plus terre à terre. D’où une certaine frustration qui émerge surtout quand le film se fait fort de nous ramener à la réalité comme s’il voulait nous priver de rêver. En jouant constamment la carte de la démystification, Hercule trahit un manque d’ambition certain comme s’il se privait sciemment de tout souffle épique préférant capitaliser sur la force naturelle de son personnage titre et sa volonté tenace d’avancer à contre courant. Cela en fait-il un mauvais film pour autant ? Paradoxalement non car passé cette frustration, Hercule se révèle être une série B tout ce qu’il y a de plus honnête, une fable à la fois brute et fragile, équilibrée et vacillante.

 

© Paramount Pictures

© Paramount Pictures

 

De là à dire que le yes man le plus détesté (souvent à raison) des cinéphiles s’est racheté une conduite il n’y a qu’un pas qu’on s’empressera de franchir… à moitié ! A l’image d’un Transformers 4 qui nous aura conquis, on pourrait dire que l’atout principal d’Hercule est de mettre le holà sur les tics les plus agaçants de son réalisateur. Avis donc aux amateurs de blagues grasses et d’intrigues anémiques, le Brett Ratner nouveau, s’il ne se renie qu’à moitié, à décidé de ne pas être l’homme à abattre cette année. On l’en remercie ! Première bonne nouvelle : le réalisateur de Rush Hour a enfin décidé de délaisser sa paresse légendaire (dont  les excécrables Rush Hour 3 et Le Casse de Central Park sont les plus notables exemples) pour un investissement plus que notable dans ce projet qu’il porte à bout de bras. Beaucoup moins roublard qu’à l’accoutumé il apporte un soin particulier à sa mise en scène s’autorisant ici et là quelques belles fulgurances. Particulièrement investi, le réalisateur nous gratifie de séquences de batailles et autres poses iconiques particulièrement réussies et lisibles. A l’heure du sur découpage à outrance, il opte ici pour une mise en scène plus old school qu’on jurerait issue d’une autre époque si l’inutile 3D ne venait nous ramener à certaines réalités. Dans la catégorie péplum Hercule est honorable offrant à son public un divertissement bien rythmé, étonnamment bien dosé dans l’humour mais pas toujours très adroit quand il tente de donner à son héros des atours plus contemporains via des répliques qu’on croirait issues d’un mauvais actioner. De fait, on préférera l’angle origin story qui tente à démontrer, parfois maladroitement tel qu’évoqué précédemment, comme une légende se transforme en héros. Dans le rôle titre, Dwayne Johnson en impose forcément quitte à éclipser sa troupe de joyeux compagnons certes stéréotypés mais au dessus desquels émerge un Ian McShane impérial. Alors oui, l’intrigue est ultra prévisible et le film sombre lentement mais surement dans le nanar cheap lorsqu’un Joseph Fiennes toujours aussi cabotin vient faire son apparition en bad guy sournois, mais il se dégage de l’ensemble une réelle sympathie qui le rend terriblement attachant même dans ses pires travers. Véritable plaisir coupable, Hercule n’ambitionne rien d’autre que de nous montrer Dwayne Johnson bander du muscle dans un rôle fait sur mesure pour lui. Son plus gros défaut comme son meilleur atout dans la mesure où il permet à Brett Ratner de faire preuve de plus d’humilité dans son approche pompière mais jamais prétentieuse du mythe. Suranné mais efficace, Hercule est bourré de défauts mais demeure à ce jour de par son honnêteté et le cœur apporté à l’ouvrage (deux composantes qu’on ne pensait pas attribuer un jour au père Ratner) le film le plus potable de son réalisateur… ce qui révèle en soi de l’exploit herculéen !

 

Prévisible et pas toujours très finaud, Hercule gagne en charme ce qu’il perd en ampleur.

 

 



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