Ilan Ferry 27 - janvier - 2015 Best of, Critiques

 

Un film de Mortem Tyldum. Avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Mark Strong. Sortie le 28 janvier 2014.

 

 

Benedict Cumberbatch vs la machine de guerre : un combat inégal dont le vainqueur n’est pas forcément celui qu’on croit.

 

 

Note : 3,5/5

 

Ça y est, la course aux Oscars est officiellement lancée et ce depuis que les Golden Globe ont donné le top départ il y a deux semaines. Et parmi les challengers on retrouve un acteur so british, presque une anomalie dans cet amas de sang yankee : Benedict Cumberbatch. Il faut dire que le comédien se révèle ici particulièrement excellent dans la peau d’Alan Turing, mathématicien de génie, engagé en 1940 par le gouvernement britannique pour percer le secret de la machine de cryptage allemande Enigma. Un homme de l’ombre qui aura non seulement contribué à la victoire des Alliés sur les nazis mais aussi, presque malgré lui,  posé les bases de l’informatique moderne. Il faudra toutefois attendre 2009 pour que le mathématicien, poursuivi en justice  puis condamné à la castration chimique en 1952 pour un fait divers qui aura mis en lumière son homosexualité, soit réhabilité par le gouvernement britannique avant d’être gracié en 2013 par la reine Elizabeth II. Une reconnaissance qu’il ne vit jamais de son vivant puisqu’il mourut en 1954 dans des circonstances encore troubles. Ce scandale qui mit en exergue toute l’hypocrisie d’une société engoncée dans ses valeurs, n’est évoqué ici que de manière très succincte dans sa dernière partie. Car ici ce n’est pas tant le versant privé de la vie de Turing qui intéresse le réalisateur que sa contribution aussi méconnue qu’essentielle à l’effort de guerre. Assez consensuel, Imitation Game déroule de manière assez classique (si on fait abstraction des quelque flash-backs émaillant le métrage de manière assez superflue) le combat de Turing pour venir à bout de la redoutable Enigma. Un combat contre la machine mais contre l’homme aussi puisque Turing devra aussi s’imposer au sein d’une équipe goutant peu à son arrogance.  A l’image d’Un Homme d’Exception, Imitation Game dresse le portrait d’un marginal ayant trouvé dans les chiffres l’unique logique à laquelle il peut se raccrocher et dont l’apparente misanthropie sert de bouclier face à un monde qui peine à le comprendre et le rejette.

 

© Studio Canal

© Studio Canal

 

Un isolement sociétal, humain douloureux et dont Benedict Cumberbatch parvient à retranscrire les multiples facettes. Habité, il incarne à la perfection un homme aux tourments très humains dont la souffrance, le besoin vital de comprendre, de maitriser, est sublimement traduit au détour d’un regard, un rictus, un geste… Si Imitation Game ne fait pas de vagues, il menace à tout moment de basculer dans quelque chose de beaucoup plus intime, ambivalent grâce à l’interprétation tout en nuances de son acteur principal. Car oui, Cumberbatch est bien le principal intérêt du film, son quasi unique point gravitationnel, celui qui le fait instantanément passer de biopic classique à celui d’odyssée humaine terriblement bouleversante. On aurait aimé dire que le comédien n’est pas le seul à contribuer à la réussite du film, malheureusement en dehors de lui ni la réalisation très plan plan du norvégien Mortem Tyldum ( à qui l’on doit le pourtant haletant Headhunters) ni le traitement scénaristique balisé n’arrivent à donner un peu plus de relief à l’ensemble. Mais est-ce si grave ? Pas vraiment car le sujet d’Imitation Game est suffisamment fort pour que son traitement passe au second plan comme en témoigne une deuxième partie aux enjeux passionnants. D’où l’impression que Tyldum veut raconter plusieurs histoires à la fois en empruntant à différents genres (drame, thriller historique, étude de mœurs…) pour finalement jouer la carte de la sécurité en optant pour le biopic classique. Sur ce plan, Imitation Game ne démérite pas avec une mise en scène classieuse malgré son caractère trop sage, des acteurs convaincants et la partition d’un Alexandre Desplat inspiré. L’emballage est joli, la partition finement exécutée mais l’ensemble se serait révélé bien trop académique si Benedict Cumberbatch n’avait été là pour lui insuffler cette humanité, cette fièvre somme toute salutaire.

 

 

Davantage concentration d’un talent que multiplicité de plusieurs, Imitation Game reste un très bon biopic de par son sujet et les enjeux qui en découlent.

 

 

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