Flavien Bellevue 3 - novembre - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Christopher Nolan. Avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Michael Caine. Sortie le 5 novembre 2014.

 

Après un dernier acte tout aussi remarquable que critiquable de sa trilogie du Chevalier noir, Christopher Nolan nous convoque à un voyage interstellaire où il manipule, une fois de plus, le Temps et y explore la Relativité comme on l’a rarement vu au cinéma.

 

Note : 4/5

 

Depuis au moins 45 ans, le studio Warner a su offrir des films de Science Fiction à grand spectacle, généralement d’auteurs, où l’Homme questionne sa place dans l’univers et/ou il se questionne sur lui-même. De 2001, l’odyssée de l’espace à Gravity en passant par L’Etoffe des héros ou encore Contact, la conquête de l’Espace donne lieu à des aventures humaines et techniques fortes et Interstellar ne déroge pas à cette règle. Pour son neuvième long-métrage, Christopher Nolan s’offre un véritable film de SF contrairement à son Inception qui y mélangeait les genres action et thriller. Si en 2010, le metteur en scène jouait avec des temporalités multiples, aujourd’hui, il les présente avant tout de façon plus rationnelle et scientifique. Moins délirante que la mission de Cobb mais tout aussi ample, l’odyssée du personnage principal, Cooper, un ex-ingénieur de la Nasa devenu agriculteur dans un futur non daté, est à la fois scientifique et mystique. La Terre, telle que nous la connaissons, ne peut plus produire suffisamment de vivres pour sa population, l’idée de trouver une autre planète habitable dans notre système solaire et au de-là est en marche le jour où Copper trouve avec sa fille Murphy par le biais d’un message mystérieux, les coordonnées d’une ancienne base de la Nasa encore active. Le futur dépeint par Nolan est pessimiste au point où la conquête de l’Espace et la Nasa ne sont que de lointains souvenirs voire une fraude (pour la marche sur la Lune). Ce constat établit au point de départ de l’histoire, Il s’agit donc pour le réalisateur de redonner la foi en la Science tout en laissant une porte ouverte vers l’inconnu ou le divin diront certains.

 

© Warner Bros Pictures

© Warner Bros Pictures

 

Une fois passé le côté scientifique avec une représentation de la relativité assez inédite au cinéma et l’abord des théories des trous noirs et trou de ver, l’Amour (comme d’habitude au cinéma) reste le moteur essentiel du film; c’est à la fois sa grande force et sa faiblesse. Le rapport Père-fille (Copper et Murphy) qui n’est pas sans rappeler celui de Contact de Robert Zemeckis (où Matthew McConaughey figurait déjà au générique), est si fort qu’il donne lieu à une scène émouvante et d’une efficacité redoutable lorsque Cooper quitte son foyer dans un déchirement sonore d’un décollage de fusée pour le retrouver à l’intérieur de celle ci en combinaison. Il est clair que depuis 1997, l’acteur de Dallas Buyers Club a pris du galon et porte le film à merveille avec un casting discutable pour certains mais qui « fait le job » au final. Mais à forcer le trait sur l’Amour et la Science, les frères Nolan se perdent un peu en affligeant un monologue sirupeux sur l’Amour et en mettant des personnages dans des situations incongrues. Malgré cela, Interstellar reste une odyssée de l’Espace gargantuesque sur grand écran qui rend hommage presque constamment via sa bande-son, au 2001 de Stanley Kubrick. Les première notes d’Hans Zimmer introduisant Copper à l’écran rappelleront les fortes notes d’Ainsi parla Zarathoustra de Richard Strauss qui servait de générique au film de 1968. Bien que la partition de Zimmer ne tente pas de copier le poème symphonique de Strauss, elle a tendance à être, à quelques moments, envahissante sur des scènes émotionnelles. Ceci étant dit, le montage son/musique est remarquable surtout sur les séquences spatiales où comme pour Gravity il respecte le fait scientifique qu’il n’y a pas de son dans l’Espace. Toujours aussi appliqué, Christopher Nolan ne signe pas un film « parfait » tel qu’on aurait voulu mais il livre son film le plus émotionnel et personnel.

 

Sans être un chef d’œuvre, Interstellar est le film le plus émouvant de son auteur qui rend à la fois hommage à la Science et aux films de SF, 2001 l’odyssée de l’espace en tête. À voir assurément sur un très grand écran.

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