Ilan Ferry 25 - décembre - 2012 Best of, Critiques

 

Un film de Christopher McQuarrie. Avec Tom Cruise, Rosamund Pike, Werner Herzog. Sortie le 26 décembre 2012.

 

 

Tom Cruise clôt l’année de manière tonitruante avec un thriller qui n’avait pas vraiment besoin de lui… bien au contraire !

 

 

Note : 2,5/5

 

Il est beau, il est pas très grand mais il est fort… lui c’est Tom Cruise, la star des stars, l’acteur que s’il se risquait à un exil fiscal c’est le pays tout entier qui s’exilerait avec lui ! Dans Jack Reacher, l’acteur incarne le rôle titre : un enquêteur militaire embourbé bien malgré lui dans une sombre affaire où se télescopent lobbys surpuissants, snipers nerveux de la gâchette et pulpeuse procureur qui aimerait bien qu’on la regarde dans les yeux ! Avec son intrigue à base de complots aux multiples ramifications, le film de Christophe McQuarrie fleure bon le retour au sacré saint thriller politique plus proche dans son approche d’un Peter Hyams période Presidio que du Alan J.Pakula de Klute. Mais qu’importe car la volonté première de Jack Reacher est de servir de coup de semonce à une nouvelle licence taillée sur mesure pour l’ami Tom. Certainement galvanisé par son retour en grâce dans Mission : Impossible 4, le comédien carbure au Red Bull et se sent pousser des ailes ! Et quelle meilleure moyen que d’incarner à l’écran le héros d’une saga littéraire dont le dernier tome a été vendu à plus de soixante millions d’exemplaires dans le monde ? Jack Ryan ayant déjà été trusté par Alec Baldwin, Harrison Ford, Ben Affleck et bientôt Chris Pine, Cruise s’est tourné vers une autre figure légendaire (mais plus méconnue chez nous) : Jack Reacher ! Sauf que voilà : dans la vraie vie littéraire, Jack Reacher est un dur, un tatoué, un mec tellement badass que même Dany Trejo baisse les yeux devant lui. Faut dire que le gaillard mesure (normalement) 1,96 mètres et qu’avec cette taille là on ne préfère pas le taquiner. Dans la vraie vie normale (et même cinématographique) : Tom Cruise est un acteur au charisme certes évident mais ayant une forte propension à la mégalomanie et au sourire Denivit tellement exacerbé qu’il en devient risible. Autre souci : l’ami Tom mesure 1,70 mètres et aussi athlétique soit il pas sur qu’il parvienne à déglinguer cinq types taillés comme des rocs en pleine rue. Or, c’est exactement ce que tente de nous faire croire le film de Christopher McQuarrie qui tente vainement d’ériger Tom Cruise en parangon de la badasserie !

 

 

© Paramount Pictures

© Paramount Pictures

 

C’est peut être bien là le principal défaut de ce thriller qui, outre une intrigue qui s’embrume inutilement au fur et à mesure, capitalise sur un héros peu crédible. Non content d’édulcorer au maximum son personnage de « Sherlock Holmes militaire » (aux chiottes la mélomanie et la misanthropie légendaire du héros des livres), Cruise peine à la rendre tangible et en fait une sorte d’ersatz dégrossi du héros de la série Jag. Loin de l’image d’héros sombre véhiculée par les livres, son Jack Reacher semble davantage enclin à rouler des mécaniques en débitant des punchlines foireuses ( « je vais te vider de ton sang et le boire dans une botte ») qu’à chercher justice tout en combattant ses démons. Mais ce que Jack Reacher perd question crédibilité il le gagne en efficacité grâce à la mise en scène nerveuse et millimétrée de Christopher McQuarrie. Douze ans après le formidable Way of the Gun, le comparse de Bryan Singer revient derrière la caméra avec un plaisir des plus communicatifs. Visiblement aussi impliqué que Cruise (mais certainement pas pour les mêmes raisons), le cinéaste fait preuve d’un savoir faire certain pour instiller une réelle tension à un métrage qui aurait eu bien besoin d’être amputée d’une bonne demi heure. Mais qu’importe au final si le métrage accuse quelques longueurs pour peu que McQuarrie nous accroche un minimum à notre slip. Et c’est ce qu’il fait que ce soit à l’occasion d’une séquence d’ouverture tendue à l’extrême ou d’une poursuite en bagnole vrombissante. Alors oui Tom Cruise joue très mal les durs à cuire, Rosamund Pike peine à nous faire croire qu’elle a été choisie pour des raisons autres que mammaires (et pourtant la dame a du talent à revendre !) et Werner Herzog cachetonne en méchant de service mais McQuarrie y croit dur comme fer à son thriller et parvient à sauver les meubles d’un building en flammes. Alors entre la catastrophe totale et la catastrophe partielle on préfèrera toujours la dernière car derrière elle se cache une cause beaucoup plus noble que celle du Deus ex Machina Cruise.

 

Nanti de bonnes intentions, Jack Reacher aurait pu être un sacré bon thriller s’il n’avait été totalement vampirisé par la mégalomanie de son acteur principal.

 

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