Ilan Ferry 4 - juillet - 2011 Best of, Critiques

 

Un film de Kim Jee-Woon. Avec Choi Min-Sik, Lee  Byung-Hun, Oh San-Ha. Sortie le 6 juillet 2011.

 

Quand un agent des services secrets traque un tueur en série vicelard sous l’œil du réalisateur de Deux sœurs, le résultat risque de faire des étincelles. Rencontre au sommet ou grosse baudruche ?

Note : 3/5

Allez savoir pourquoi, nos amis coréens ont un truc avec la vengeance. Mais pas n’importe laquelle, non, celle-ci se doit d’être âpre, violente et un brin sadique quand même. La tendance déjà vérifiée dans les films de Park Chan Wook (Old Boy, Lady Vengeance pour ne citer qu’eux) se confirme plus que jamais avec ce terrifiant J’ai rencontré le Diable. Récit de vengeance véner’ prenant pour credo le principe somme toute Nietzschéen selon lequel  à trop lutter avec les monstres on finit par en devenir un soi même, le film de Kim Jee-Woon pousse la pensée du philosophe jusque dans ses derniers retranchements en contant le combat acharné entre un agent des services secrets et le serial killer qui a tué sa femme. Sorte de Silence des Agneaux version barbecue coréen, J’ai rencontré le Diable nous plonge dans les tortueux abysses de la monstruosité ordinaire. Cette immersion au cœur des ténèbres, Kim Jee-Woon la filme de manière clinique, froide, sans jamais laisser au spectateur une zone de confort dans laquelle il pourra se réfugier. Un traitement qui n’est pas sans rappeler un certain Massacre à la Tronconneuse auquel le film fait souvent allégeance notamment au détour d’une séquence très « réunion de tueurs complètement tarés !».

 

© ARP Selection

 

Car J’ai rencontré le Diable n’est pas tant un revenge flick qu’un film de monstres. Intelligent, le réalisateur ancre ces derniers dans un quotidien terriblement banal et parvient à leur conférer une réelle consistance en leur donnant un visage humain. Totalement habité, Choi Min-Sik (Old Boy) est terrifiant en serial killer au gout prononcé pour le dépeçage. Immonde salopard de ceux qu’on ne voit que trop rarement au cinéma, il instille un malaise persistant dont on peine à se débarrasser passé le générique de fin. Et ce n’est pas l’humour à froid très particulier qui va contrebalancer le tout. Non, il faut se rendre à l’évidence : Choi Min-Sik n’est pas un ami qui vous veut du bien ! Face à lui, force est de reconnaître que Lee Byung-Hun se montre un poil trop monolithique et ne parvient que trop rarement à créer une réelle empathie. Difficile dès lors d’adhérer à sa quête vengeresse d’autant que le réalisateur semble plus fasciné par son épouvantable Nemesis et ses exactions.

 

 

© ARP Selection

 

Un casting (presque) au poil et la réalisation très efficace de Kim Jee-Woon suffisent-ils à faire du film une réelle réussite ? En partie seulement. Car si les 2H20 passent plutôt bien via notamment quelques beaux morceaux de bravoure, J’ai rencontré le Diable dégage quelque chose de profondément dérangeant. A trop vouloir repousser les limites, le réalisateur finit par tomber dans une sorte de banalisation de l’innommable où morceaux de barbaques et séquences chocs s’enchainent à une vitesse métronomique. D’où l’impression d’assister à un torture porn assez complaisant où le profondément dégueulasse perd peu à peu de son impact par son coté très mécanique. Dérangeant surtout quand on se rend compte que la violence y est toujours justifiée sous le fallacieux prétexte de surligner le propos du film. J’ai rencontré le Diable n’en demeure pas moins très réussi dans sa radioscopie de la monstruosité ordinaire. Dommage que celle-ci n’ait pas été traitée de manière plus subtile.

 

Terrifiant et d’une violence rare, J’ai rencontré le Diable est une réflexion efficace sur la part de ténèbres tapie en chacun de nous, dommage que la complaisance de l’ensemble nuise à son propos.

 



 

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