Ilan Ferry 19 - février - 2015 Best of, Critiques

 

Un film de Matthew Vaughn. Avec Colin Firth, Taron Egerton, Samuel L. Jackson. Sortie le 18 février 2015.

 

Après Kick-Ass, Matthew Vaughn s’attaque à une autre BD culte de Mark Millar signant par là même son film le plus abouti et punk. Fuck yeah !

 

 

Note : 4,5/5

 

Pop… ce terme utilisé à toutes les sauces depuis qu’un certain Quentin Tarantino l’a démocratisé au sein du paysage cinématographique, vous risquez de le voir très souvent associé à Kingsman : Services secrets le nouvel uppercut acidulé de Matthew Vaughn. Mais ce pan indéniable de son identité, le film de Matthew Vaughn le doit davantage au comics de Mark Millar dont il est directement inspiré qu’au réalisateur de Pulp Fiction. Certes, on y retrouve ce même gout pour l’iconoclasme, cette drôle d’alchimie qui voit un genre spécifique (ici le film d’espionnage) dilué dans un drôle de confluent multi référencé. Comme Django Unchained ou Kill Bill, Kingsman : Services secrets mise énormément sur sa coolitude et une violence totalement décomplexée. Cependant, la comparaison s’arrête là car s’il y a bien une chose dont le film se réclame avant toute chose c’est de la personnalité de son réalisateur. Pour la seconde fois après Kick-Ass, Vaughn se réapproprie avec brio l’univers de Mark Millar, démontrant si besoin est la parfaite complémentarité cinématographique entre les deux hommes comme si le premier ne s’éclatait jamais autant que lorsqu’il donnait chair aux histoires du second. Histoire d’élargir le débat on pourrait arguer que Vaughn n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il flirte avec le comic-book dont il transpose les codes avec une aisance déconcertante. Certes, d’un point de vue purement graphique, esthétique, Vaughn est le fier rejeton de tout un pan de la pop culture. Thématiquement parlant, il apparaît davantage comme le petit frère turbulent et admiratif de Mark Millar, une sorte d’excroissance issue du même esprit totalement dégénéré. Car non, Kingsman : Services secrets n’est pas un Bourne-like totalement aseptisé ou un rip-off rosbeef du nullissime Alex Rider : Stormbreaker qui voyait aussi un teen dissipé se transformer en super agent secret, mais un objet autre à la croisée des chemins entre comic book movie et film d’espionnage totalement azimuté. Il faut dire que ce n’est pas tous les jours que l’on voit un agent secret so british corriger des lads façon James Bond dopé au Red bull, exécuter des cascades à faire passer le parkour pour une promenade de santé ou sauver une princesse en détresse de manière très…personnelle.

 

© 20th century Fox

© 20th century Fox

 

Kingsman c’est ça : un film anar, un uppercut filmique shooté par un sale gosse qui prend un malin plaisir à hurler God fuck the queen entre deux pintes. Un acte frondeur qui se pose comme un jalon supplémentaire dans notre manière d’aborder le blockbuster. Soit une série B à la limite du dadaïsme où toutes les conventions du film d’espionnage se voient littéralement explosées sur l’autel du politiquement incorrect. Cet esprit punk, Kingsman : Services secrets l’assume complétement et ce à travers deux prismes bien distincts. A commencer par sa truculente galerie de personnages. Uber classe dans son costume sur mesure (si à la fin du film vous ne désirez pas vous fringuer chez Mr Porter, on ne peut plus rien pour vous !), Colin Firth est tout simplement parfait en pygmalion de l’espionnage, chainon manquant entre le flegme de James Bond et la hargne de Bourne, un curieux mélange qui, à l’image du film, fait des étincelles. A ses cotés, la révélation Taron Egerton ne dépareille pas. Au contraire, il symbolise de par son bagout, sa nonchalance et surtout son coté petit con mal élevé, tout l’esprit du film qui érige la défiance au rang de philosophie. Enfin, impossible de faire l’impasse sur Samuel L. Jackson absolument génial en bad guy mégalo et zozotant, sorte de mix improbable entre Blofeld et Mark Zuckerberg avec le look de Spike Lee période Do The Right Thing. Tout ce petit monde s’agite joyeusement devant la caméra d’un Matthew Vaughn plus inspiré que jamais. Car oui, si Kingsman : Services secrets suscite autant l’enthousiasme c’est aussi en grande partie grâce à sa mise en scène. Visiblement inspiré par son sujet, le cinéaste multiplie les audaces visuelles et scénaristiques conférant à son métrage un supplément de folie déjà présent dans Kick-Ass mais porté ici à son paroxysme. En témoigne une scène de massacre au son de Free Bird absolument étourdissante et amenée à rester dans les annales un bon moment. C’est bien simple : en terme de montage et de gestion de l’espace on avait pas vu scène d’action aussi incroyable depuis The Raid 2 ! Véritable condensé d’énergie, Kingsman : Services secrets est la parfaite symbiose d’éléments antinomiques (la trash attitude et la classe, l’ultra violence et la tendresse) un incroyable numéro de kamikaze bluffant et galvanisant.

 

 

La relève du film d’espionnage en particulier et du blockbuster en générale est arrivée. Ça fait un bien fou !

 

 

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