Raphael Borfiga 7 - novembre - 2013 Best of, Critiques

 

Un film de Nabil Ben Yadir avec Tewfik Jallab, Olivier Gourmet, Vincent Rottiers. En salles le 27 novembre 2013.

 

1983, la France est gangrenée par des crimes racistes. Une poignée d’habitants d’une cité lyonnaise organise une marche pour l’égalité et la tolérance. Film politique ou film tout court ?

 

NOTE 3/5

 

La Marche est donc inspirée d’une histoire vraie, celle de la Marche des Beurs qui a eu lieu du 15 octobre au 3 décembre 1983 entre Marseille et Paris. A la suite d’affrontements entre jeunes et policiers dans la cité des Minguettes à Vénissieux, un jeune d’origine maghrébine a été blessé par un policier, dans un contexte de haine grandissant dans notre pays, alors que le FN remportait les élections partielles à Dreux. Pour répondre à l’intolérance, un groupe de jeunes de cette cité accompagné d’un prêtre décident d’organiser une marche pacifiste entre Marseille et Paris pour essayer de fédérer autour de leur combat pour l’égalité.Le sujet du film est d’autant plus parlant que nous voyons à notre époque la recrudescence d’une certaine forme intolérance avec des agressions homophobes, une ministre noire insultée et la montée du Front National dans les sondages et le cœur de beaucoup de Français. Cette marche contre le racisme et pour l’égalité il y a 30 ans a visiblement échoué car de nos jours le combat est toujours d’actualité.

 

© Europacorp

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La grande qualité du film est d’éviter les leçons de morale habituelles comme d’essayer de prouver que les uns ont raison, que les autres ont tort : pas de bons sentiments ni de politiquement correct, juste un regard objectif posé sur des individus qui luttent pour leur liberté. S’il ne fallait garder qu’un exemple de cette « non hagiographie », on retiendra que ces marcheurs, partisans de la non-violence, n’en sont pas moins des hommes et des femmes comme les autres et il leur arrive, dans de nombreuses scènes, de se disputer au point d’en venir presque aux mains. A côté de ces scènes, somme toute ordinaires, on apprécie les passages plus lyriques magnifiés par la musique de Stephen Warbeck, oscarisé pour Shakespeare in Love. La bande originale est d’autant plus appréciable que les films français négligent trop souvent la musique, élément essentiel de l’œuvre. Il est d’ailleurs dommage de constater que les bonnes musiques de films français sont souvent écrites par des compositeurs étrangers (Wojciech Kilar, Klaus Badelt) ou par des Français travaillant principalement à Hollywood (Alexandre Desplat). A croire que le talent est ailleurs.  Principale fausse note de cette partition agréablement surprenante, au milieu d’une nuée de personnages attachants et d’acteurs convaincants, on se demande ce que vient faire là Jamel Debbouze en SDF excité. Debbouze nous accable de son cabotinage habituel et n’apporte rien au film, pas même de l’humour ou de la légèreté. Son personnage est inutile et sa présence est avant tout un argument publicitaire pour attirer un public plus large. Regrettable car son côté irritant en viendrait à atténuer l’empathie que l’on ressent pour ces marcheurs.

 

La Marche n’est pas un pamphlet politique mais plutôt un road movie ouvrant à la réflexion. Agréable à regarder et pédagogique, ce film colle malheureusement encore trop à notre époque désenchantée.

 

 

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