Leslie Guyomard 29 - avril - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Jason Reitman avec Kate Winslet, Josh Brolin, Gattlin Griffith. Sortie le 30 avril 2014.

 

Délicat comme la rosée d’une fraîche matinée d’été, Last Days of Summer raconte l’histoire d’amour impossible entre un évadé de prison et une mère dépressive.

 

Note: 4/5

 

Sur le papier, aucune originalité dans le récit de la naissance du sentiment amoureux entre deux êtres que rien ne prédisposait à se rencontrer. Cette histoire a priori banale de jeune femme entichée d’un « bad boy » – vue et revue, lue et relue, de Lady Chatterley aux Hauts de Hurlevent en passant par les faits divers dont raffolent les journaux à la Bonnie & Clyde – est ici sublimée par la mise en scène. Une mise en scène sobre et élégante, à l’instar des protagonistes. Le réalisateur Jason Reitman a fait le choix judicieux, rare et pertinent du tournage en décors naturels. Victime d’un véritable coup de cœur pour cette maison chargée d’histoire, il l’a délabrée, retravaillée, façonnée avec l’aide de ses techniciens afin de la rendre fidèle à l’état de dépression avancée que traverse Adèle, brillamment incarnée – comme toujours – par Kate Winslet. Le casting est tout aussi classieux. Entre Kate Winslet et Josh Brolin, le charme opère puisque de ce couple improbable se dégage une douce férocité, une matière brute pleinement fragile. Elle souffre encore de son divorce, de l’échec et de l’abandon au profit d’une autre famille ; lui d’une destinée malchanceuse et irréversible. La providence, personnifiée par l’enfant unique d’Adèle, Henry, les place d’ailleurs sur le chemin l’un de l’autre.

 

© Paramount Pictures

© Paramount Pictures

 

La singularité du film s’immisce alors à travers le regard de ce pré-adolescent qui occupe un peu tôt la place de l’homme au sein du foyer autant qu’il tente de préserver une innocence juvénile. Même si ce n’est pas nouveau, le point de vue d’un témoin à la fois impliqué et extérieur à la situation s’apparente immanquablement à celui du spectateur. Amplifié par la voix off, vecteur d’une présence absence, ce procédé facilite l’identification et l’immersion. Participent également à la qualité du film la désuétude et la simplicité reconstituées des années 80. Les costumes, les décors reflètent la psychologie d’une époque et des personnages, qui évoluent pour atteindre progressivement le bonheur. Franck répare, bricole, cuisine, s’approprie peu à peu un territoire inconnu. Adèle se sent quant à elle en confiance malgré l’intrusion initiale et retrouve confiance en ses capacités. Chacun, au contact de l’autre, reprend « en main » cette existence qui lui avait échappé. Evidemment, les illusions finissent par s’effondrer et cette bulle dans l’espace et le temps se perce lors de l’intervention de la police. L’ambiance pesante et ambivalent du début reprend ses droits et cède de nouveau la place à l’attente. La boucle est bouclée mais, comble du romantisme, Franck retrouve après avoir purgé sa peine, en toute légalité, cette femme rencontrée un été, qui n’a jamais cessé de penser à lui.

 

C’est par la force tranquille qu’on réalise les meilleurs films et Jason Reitman nous le démontre encore dans Last Days of Summer.

 

 



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