Ilan Ferry 28 - août - 2013 Best of, Critiques

 

Un film d’Edgar Wright. Avec Simon Pegg, Nick Frost, Martin Freeman. Sortie le 28 aout 2013.

 

La fine équipe de Shaun of the Dead nous embarque dans une virée endiablée au pays de la biture. Accrochez vos ceintures et planquez vos Cornetto !

 

Note : 4/5

 

Avec Le Dernier pub avant la fin du monde, Edgar Wright nous parle d’un temps que ceux qui ne se sont jamais murgés ne peuvent pas connaitre. Celui de la jeunesse insouciante qui, une fois rassemblée, n’avait qu’une idée en tête : tuer le quotidien assassin à grands coups d’alcool. Des rites presque religieux où le spectre des émotions évoluait au gré au gré de verres : de l’euphorie aux larmes, des crises de fous rires aux explosions inopinées de colères où le mobilier des bars en prenaient pour leurs grades, des discussions philosophiques aux grandes sorties théâtrales. Bref, un gros barnum célébrant l’amitié sur l’autel de la pinte remplie à ras bord. Car sous ses dehors de comédie apocalyptico éthylique (pardon pour ce barbarisme), le nouveau film d’Edgar Wright est surtout une célébration de l’amitié sous toutes ses formes. En l’occurrence celle qui lie cinq amis forcés par le plus trublion d’entre eux de terminer une tournée entamée 15 ans auparavant… Un peu comme si les sales gosses de Very Bad Trip décidaient de revenir à Las Vegas plusieurs années après les faits. Mais la comparaison s’arrête là, car si la trilogie de Todd Philips a finit par montrer ses vrais atours de divertissement bien pensant, The World’s End est lui une formidable ode à la désobéissance civile. Et en la matière, on peut faire confiance à l’équipe de Shaun of the Dead pour nous en mettre plein les yeux.  Véritable régal de mécanique comique, la première partie laisse la part belle aux vannes en tous genres débitées par un Simon Pegg au top de sa forme et dont la gouaille se voit ici exploitée à son maximum.C’est bien simple : pendant plus de 45 minutes, ça n’arrête pas et le spectateur est transporté de rires en rires au rythme de dialogues incroyablement bien ciselés. Passée cette mise en bouche, la machine s’emballe à une cadence frénétique pour se muer (ATTENTION SPOILERS) en version punk de Stepford Wives (FIN SPOILERS)

 

© Universal Pictures

© Universal Pictures

 

Comme il l’avait fait lors de de leurs deux précédentes collaborations,  le trio Wright/Pegg/Frost pirate un genre bien précis pour décliner un univers éminemment personnel où se télescopent références parfaitement assumées, personnages ultra attachants et rythme endiablé, le tout préparé avec amour et générosité. Car aussi référencé soit il, Le Dernier Pub avant la Fin du Monde n’oublie jamais son public, au contraire il l’embarque avec lui et fait tout pour favoriser au maximum l’identification. On notera qu’ici cependant, Wright saupoudre son discours d’une tonalité beaucoup plus sombre Derrière les rires et la frénésie ambiante, le film dissimule une vraie tristesse en particulier à travers le personnage de Gary, beau parleur aux fêlures parfaitement camouflées derrière une roublardise souvent éreintante pour ses compagnons. L’occasion pour Edgar Wright d’offrir à Simon Pegg ce qui est certainement son plus beau rôle. Et le film de se parer d’une douce mélancolie ne faisant que renforcer son propos. Entre Shaun of the Dead et maintenant, Wright semble avoir acquis une véritable maturité non pas dans la forme  – toujours aussi jouissive – mais dans le fond. Le réalisateur de Scott Pilgrim est toujours l’adulescent que nous adorons mais le regard qu’il porte sur ses congénères semble avoir évolué vers davantage de lucidité. En filigrane, il dresse une belle parabole sur l’amitié qui, comme tout sentiment positif et affectif, se doit d’évoluer s’il veut pouvoir s’épanouir. Quand Wright regarde dans le rétro c’est toujours pour avancer dans le bon sens. De quoi faire taire durablement ses détracteurs qui n’auraient vus en lui qu’un geek surexcité se contentant de régurgiter ses influences. Entre rires et larmes, The World’s End nous fait passer par un impressionnant spectre d’émotions, comme si son trio d’instigateurs était parfaitement conscient qu’il signait là son baroud d’honneur.Il y a quelque chose d’à la fois profondément triste et joyeux derrière ce constat et pourtant c’est toujours la bonne humeur qui prime. Car non, ces sacrés sales gosses ne nous quittent pas, ils passeront peut être à chose.. mais ce sera pour mieux nous surprendre ! L’apocalypse selon Wright est diablement grisante et la trilogie Shaun of the Dead/Hot Fuzz/ The World’s End apparait plus que jamais comme celle avoir absolument avant la fin du monde !

 

Edgar Wright clôt brillamment sa sainte trilogie et nous offre un pur moment de bonheur aux références parfaitement assumées.

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