Flavien Bellevue 2 - décembre - 2016 Best of, Critiques

Un film de Jean-Claude Barny. Avec Djedje Apali, Eriq Ebouaney, Adama Niane. Sortie depuis le 30 novembre 2016.

 

Pour son second long-métrage, le réalisateur Jean-Claude Barny nous fait découvrir le destin de Loïc Léry, membre du Gang des antillais dans la France du Bumidom. Fort d’un succès outremer, Le Gang des antillais débarque enfin dans les salles obscures de métropole et rappelle que les luttes d’hier ne sont pas si différentes de celles d’aujourd’hui.

 

Note : 3/5

 

« Mon Dieu comme vous êtes français ! » s’exclame avec vibration le Général de Gaulle en introduction à son allocution du 22 mars 1964 à Fort de France, en Martinique. C’est avec cette archive que s’ouvre le long-métrage de Jean-Claude Barny qui notifie d’ailleurs l’endroit d’un vague : Les Antilles. Seulement, le fameux Bumidom crée par Michel Debré en 1963 visant à faire émigrer les populations antillaises vers la métropole pour de meilleurs emplois, n’est pas du tout à la hauteur de sa promesse. Le destin de Loïc Léry, appelé ici Jimmy Larivière (interprété par Djedje Apali), est lié à cette période confuse et révoltante. Arrivé dans un Paris post mai 68, sans ses parents, Jimmy vit de petits boulots au jour le jour et dort dans la rue avec sa fille. Fréquentant d’autres compatriotes, il s’associe à trois malfrats Politik, Molokoi et Liko afin de braquer des banques et des bureaux de poste pour de meilleurs lendemains… Justifiant leurs actes par la trahison du Bumidom, le racisme et l’exploitation capitaliste, le fameux Gang des antillais court à sa perte dans un brulant jeu de grand banditisme qui leur échappe peu à peu. Issue de l’autobiographie de Loïc Léry, écrite durant sa peine de prison, cette adaptation de Jean-Claude Barny ne manque pas de mordant bien que les scènes de violences soient souvent en retenues mise à part une scène de tirs économe mais efficace dans une cage d’escaliers. On regrettera plus que l’aspect social ne soit pas plus approfondi. Si le gang est mené par Politik avec un Eriq Ebouaney en bonne forme, il se compose également du comédien Adama Niane (une des révélations de L’affaire SK1 de Fréderic Tellier) sous les traits suspicieux de Molokoy et de l’acteur Vincent Vermignon alias Liko (vu également chez Fréderic Tellier dans la série Les hommes de l’ombre) ; Un casting de choix pour ces protagonistes mais qui ne serait pas aussi grands s’il manquait la présence de femmes. Ces « femmes », ce sont celles qui entourent Jimmy : sa copine Linda jouée par la délicieuse Zita Henrot, lauréate du César du Meilleur espoir féminin 2016, et sa marraine interprétée par Jocelyn Beroard. À la fois protectrices et menaces pour certains, Le Gang des antillais n’est pas qu’une affaire d’hommes, c’est aussi celles de femmes qui luttent différemment en s’intégrant dans la société française.

Happiness Distribution

Happiness Distribution

 

Le scénario de J-C Barny, Thomas Cheysson et Yves Nilly a donc cette qualité de proposer des personnages attachants, divers et variés. D’un point de vue purement cinématographique, les inconditionnels de Jean-Pierre Melville et de son Samouraï alias Jef Costello, ne pourront s’empêcher de penser à cette rencontre fortuite entre Costello et une pianiste noire d’un club de jazz qui fait écho ici entre Jimmy et le personnage de Nicole sous les traits de Romane Bohringer lors d’un braquage d’un bureau de poste. Sans avoir la grâce et l’élégance du réalisateur du Cercle rouge, Jean-Claude Barny réussit à faire vivre tout ce gang malgré l’économie de moyens et par l’apport d’un casting de seconds rôles bienvenu avec Matthieu Kassovitz, Julien Courbet, Karim Belkhadra dont le personnage rappelle les rivalités communautaristes entre beurs et noirs, ainsi que Lucien Jean-Baptiste en parfait Patrick Chamoiseau. De son premier long-métrage Nèg’ marron (2004) à son récent téléfilm Rose et le soldat (avec déjà Zita Henrot) en passant par la série tv Tropiques amers, l’Histoire et les luttes de la communauté noire passionnent le metteur en scène du Gang des antillais. Des thèmes rappelant le cinéma de l’américain Spike Lee et également celui d’un autre film français sorti cette année : Bienvenue à Marly-Gomont de Julien Rambaldi. Il est rare d’avoir deux films de qualité sur ces sujets dans une même année et il serait dommage de passer à côté du Gang des antillais qui est également une production de longue haleine.
 

Sans être un thriller de haute volée, Le Gang des antillais tire son épingle du jeu par les thèmes qu’il aborde et par un casting soigné et attachant.

 

Commentaires