Ilan Ferry 27 - décembre - 2013 Best of, Critiques

 

Un film de Martin Scorsese. Avec Leonardo Di Caprio, Jonah Hill, Kyle Chandler. En salles depuis le 25 décembre 2013.

 

 

Le monde de la finance comme vous ne l’avez jamais vu… ou n’aimeriez jamais le voir. Scorsese use habilement des fantasmes nourris par le célèbre épicentre financier pour faire le portrait d’un homme et d’une société en perpétuelle quête d’absolu.

 

 Note : 4,5/5

 

C’est Noel et pour l’occasion Papa Scorsese nous offre… une bombe ! Mais pouvait-il en être autrement ? Si l’espoir est de mise en ces temps de fêtes le doute est aussi possible même si forcément minime en l’occurrence. Mais on s’égare. Quid donc de ce fameux Loup de Wall Street qui aura fait se précipiter dans les salles moult spectateurs pour qui un bon cadeau de Noel se savoure d’abord dans les salles obscures ? Pour être concis on dira que le réalisateur des Affranchis nous offre ni plus ni moins qu’une grande fresque sur la décadence. En collant aux chaussures toujours bien cirées de Jordan Belfort, trader impitoyable et mégalo, il livre une charge d’une férocité assez phénoménale contre les vertus euphorisantes de l’argent roi. A titre de comparaison on pourrait dire que son film renvoie Wall Street 1&2 au rang de gentilles balades au pays des Bisounours ! Là où les films d’Oliver Stone s’enfermaient dans un didactisme souvent pesant,  celui de Scorsese, lui, préfère prendre le taureau par les cornes en montrant un envers du décor fait de coke, filles nues et autres lancers de nains ! Une sorte de Very Bad Trip au pays des traders qui préfère la démonstration à la dénonciation en nous mettant dans la peau d’un homme ayant fait de l’excès son mantra. Car oui, c’est bien cette boulimie du toujours plus que Scorsese pointe. D’une énergie débordante, Le Loup de Wall Street ne fait pas dans la demi mesure mais réussit le tour de force de n’être jamais racoleur ni de céder aux sirènes du politiquement correct. Son propos, il le dose parfaitement et envisage son film comme un odyssée mouvementée au cœur d’une Babylone moderne avec un guide aussi charismatique que détestable. Pour résumer on pourrait dire que son Loup de Wall Street représente le chainon manquant entre Casino et American Psycho, une sorte de Boardwalk Empire totalement décomplexé et bariolé dans lequel l’argent liquide aurait remplacé l’alcool de contrebande !

 

© Metropolitan Filmexport

© Metropolitan Filmexport

 

Une ambivalence que le film assume parfaitement pour mieux nous mettre dans la peau de son personnage principal. Littéralement habité par son rôle, Leonardo di Caprio nous offre une interprétation fiévreuse et intense à l’image du personnage qu’il interprète. Parfait de bout en bout, il assimile à la perfection les multiples facettes d’un homme bigger than life avalé par une ville monstre (New York) puis régurgité sous la forme du specimen parfait, gourou financier inculquant les vertus du pouvoir. Ainsi, on pourrait dire que Jordan Belfort sert de miroir à peine grossissant d’une société ayant bâti ses fondations sur l’illusion du tout puissant dollar, un dieu de papier servant à dissimuler un mal être beaucoup plus profond et ausculté ici avec force. Ce n’est pas tant le Belfort trader qui intéresse ici Scorsese mais la manière dont il représente à lui seul une certaine face de l’Amérique. Comme il a pu le faire avant, il utilise l’aura iconique d’un genre et de personnages bien spécifiques pour raconter l’histoire de son pays. Et si son dernier chef d’œuvre peut aisément faire l’objet de multiples interprétations sur le fond, la forme, elle aussi et surtout serait-on tenté de dire qui interpelle. Pour leur 5ème collaboration le duo Scorsese/Di Caprio fait très fort, chacun semblant trouvé dans l’autre sa nouvelle muse ou pygmalion. L’ex Jack de Titanic n’a jamais été aussi bon tandis que Scorsese semble renouer ici avec l’énergie des Affranchis. Une énergie qui se retrouve dans la manière dont le cinéaste déroule son récit. Aussi punchy que dense, la descente aux enfers orchestrée par le réalisateur se pare ici d’une narration à toute épreuve où le temps se dilate par d’habiles effets de redondance et un montage incroyablement dynamique comme si le réalisateur semblait trouver ici une seconde jeunesse. Certes, à trop jouer la carte de l’excès, le film finit par se répéter quelque peu mais de ces répétitions émerge toujours quelque chose de nouveau comme si le propos ne cessait de s’alimenter au gré des exactions de Jordan Belfort ! En un mot comme en cent Le Loup de Wall Street est un film qui a une sacrée pêche débordant d’une énergie forcément contagieuse tant par le biais de sa réalisation que de son interprétation fiévreuse portée non seulement par Di Caprio mais aussi un cast de gueules dont un Jonah Hill excellent en satyre contemporain.

 

Martin Scorsese clôt l’année en beauté  avec ce grand film d’une ambition démesurée doublé d’un hommage toujours aussi évident au cinéma comme outil de narration ultime.

 

 

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