Ilan Ferry 11 - août - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Zach Braff. Avec Zach Braff, Kate Hudson, Joey King. Sortie le 13 août 2014.

 

Fier représentant d’une génération encore empêtrée dans l’adulescence, Zach Braff confère à son second film une noirceur inattendue aussi salutaire qu’handicapante.

 

Note : 3,5/5

 

Près de dix ans après le formidable Garden State, Zach Braff, éternel J.D. de la série Scrubs, revient à la réalisation pou un second film placé sous le signe de l’introspection. Une fois encore, il incarne un acteur frustré que la mort d’un parent va pousser à se remettre en cause et chercher un sens profond à sa vie. En l’état, Le rôle de ma vie a de furieux airs d’ersatz de Garden State, la spontanéité et la fraicheur en moins. C’est en partie vrai car s’il est de nouveau question du temps qui passe, du passage à la vie adulte et de cette nécessité de combattre la mort par des pulsions de vie toujours plus puissantes, le propos de Braff se pare ici d’une gravité inattendue, celle là même qu’il avait sciemment évité dans son précédent métrage notamment par l’entremise de seconds rôles savoureux. Plus personnel, Le rôle de ma vie est l’occasion pour l’acteur/réalisateur de parler plus que jamais de lui mais aussi de son rapport au judaïsme (prétexte à des échanges souvent très drôles), à la famille et de ce rôle un peu schizophrène qui semble le hanter : celui de fils, d’époux et de père. Et c’est peut être là que se situe le nœud du problème car si Zach Braff/Aidan est un protagoniste intéressant, les personnages lui tournant autour le sont tout autant voire plus. Visiblement handicapé par le caractère personnel, voire très intime du film (il l’a co écrit avec son frère Adam), Braff se bride et tourne parfois en rond comme s’il s’interdisait de laisser transparaitre la même folie douce que son premier film, vampirisé qu’il semble être par la gravité de son sujet. Ça c’était pour les regrets. Du coté des points forts on dénotera que le réalisateur n’a rien perdu de ses talents de conteur nous gratifiant ici et là de purs moments de grâce où la beauté des images rivalise avec la puissance du propos.

 

© Wild Bunch

© Wild Bunch

 

Renouant avec la poésie de Garden State, il confère à son film une douce mélancolie à grands renforts de fulgurances visuelles parfaitement maitrisées et jamais ostentatoires le tout illustré par une playlist aux petits oignons dont le point d’orgue reste le poignant « Wish I was here » qui donne son titre original au film. La recette semble éculée du fait de sa sur utilisation par le cinéma indépendant américain, mais force est de reconnaitre que ça marche, le spectateur se surprenant à se laisser cueillir aux moments les plus impromptus. Car si par moments, le caractère très personnel du Rôle de ma vie le dessert clairement, il peut aussi se révéler être son meilleur atout dès lors que Braff cesse de se focaliser sur son alter ego cinématographique pour décliner son métrage au pluriel. Pas toujours très tendre avec son personnage, il l’est toutefois infiniment plus avec ceux gravitant autour de lui qu’il s’agisse de sa fille (formidable Joey King), de son frère (Josh Bloom) ou de son père incarné par un Mandy Patinkin impérial. A cheval constant entre drame et comédie, Le rôle de ma vie peut se voir comme un succédané d’A serious man à la sauce Garden State, un mélange à priori contre nature mais qui entre les mains de Zach Braff se transforme en célébration de la vie parfois vacillante mais d’une sincérité désarmante. On en ressort à la fois déçu et ravi par ce moment d’intimité que le cinéaste a partagé avec nous mu par le doux espoir qu’il saura pour son prochain film nous conquérir de nouveau en explorant cette fois d’autres thématiques.

 

Évitant constamment le pathos, Le rôle de ma vie est une jolie réflexion, parfois trop auto centrée, sur le difficile passage à l’âge adulte.

 

 



Powered by Preview Networks

Commentaires