Raphael Borfiga 20 - janvier - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Hayao Miyazaki. Avec les voix originales de Hideaki Anno, Morio Kazama et Miori Takimoto. En salles le 22 janvier 2014.

 

Après 35 ans de carrière et 11 longs-métrages, le maître de l’animation japonaise Hayao Miyazaki rend les armes et les crayons avec Le Vent se lève, un hommage à l’aéronautique, l’une de ses grandes passions. Le constat est décevant, son dernier film est raté.

 

Note : 1/5

 

Le cinéma de Miyazaki incarnait la rêverie et la poésie avec des œuvres aussi diverses que Kiki, la Petite Sorcière , Nausicaa de la vallée du vent, Le Voyage de Chihiro ou Ponyo sur la falaise . Tant de titres qui rappellent de bons souvenirs, de purs moments de cinéma grâce à une musique revigorante, des dessins de toute beauté, des personnages inspirés et des histoires originales et brillamment racontées. Outre les couleurs chatoyantes et l’enthousiasme, voire l’innocence, qui caractérisaient les films de Miyazaki, on retenait dans chaque œuvre la positivité et la joie. Le Vent se lève, au passage il s’agit d’une citation d’un poème de Paul Valery, est triste et si loin d’un thème cher au Maître, l’enfance. Son film est clairement destiné aux adultes et ne devrait pas intéresser beaucoup le jeune public. Le Vent se lève est un hommage à Jiro Horikoshi, un ingénieur de l’aviation japonaise, célèbre pour avoir créé le chasseur Mitsubishi A6M, fleuron de l’armée pendant la Seconde Guerre Mondiale. Rien que ça, ça ne donne pas envie… Ne voyez pourtant pas dans le synopsis et l’admiration de Miyazaki pour cet ingénieur aucune apologie de la guerre ni de la violence. Au contraire, Miyazaki, en grand pacifiste que nous connaissons, nous montre que les avions sont avant tout faits pour voler et réaliser ses rêves, pas pour faire la guerre et tuer des innocents. A l’image de Jiro, Miyazaki, dont l’obsession pour les objets volants a marqué sa filmographie (Porco Rosso, Le Château dans le Ciel, Le Château Ambulant pour ne citer qu’eux), a pendant 35 ans essayé de s’envoler et d’emmener avec lui dans ses rêves, les spectateurs de ses films. Il avait réussi jusqu’alors. L’atterrissage est brutal mais le crash évité de peu. Et le dessin est également décevant. A part quelques jolies représentations de la campagne japonaise, le film est dominé par des tons grisâtres et sombres, des couleurs à vous foutre le bourdon. Déception pour les yeux !

 

© Tous droits réservés

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Le gros problème de ce film c’est, outre la tristesse et l’ennui qu’il dégage (mieux vaut aimer les vieux avions), qu’on ne s’intéresse absolument pas à l’histoire de cet ingénieur terne et à la voix japonaise monotone donc désagréable à entendre pendant 2 heures. Point de fantaisie, point de légèreté, tout est plat et on se demande ce qui est arrivé à notre Hayao préféré. Voulant peut-être apporter un peu d’émotion à l’histoire, une romance est développée dans le dernier tiers du film, bien trop tard pour réveiller le spectateur endormi. On est à des milliards de kilomètres de la force émotionnelle du Tombeau des Lucioles, chef d’œuvre incontesté du cinéma d’animation japonaise et plus récemment des Enfants loups, œuvre ô combien réussie. Le Vent se lève est un film nombriliste et d’une trop grande naïveté. Un des personnages du film fait un lien entre l’ingénieur et l’artiste, tous deux prolifiques 10 ans seulement. Si cela est un peu court, en tout cas, il est clair que Miyazaki prouve avec ce dernier film qu’il a dépassé la date de péremption et qu’il était temps de fermer boutique et de laisser ses apprentis continuer à nous faire rêver (son fils Goro et les autres auteurs de son studio, Ghibli). On voit bien qu’il s’est fait plaisir à raconter l’histoire de cet ingénieur déterminé, mais le plaisir n’est pas partagé.

 

Enorme déception pour une fin de carrière, Le Vent se lève est une œuvre mineure mais qui, heureusement, ne nous fera pas oublier tous les chefs d’œuvres que Miyazaki a produits ou réalisés.

 

 



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