Ilan Ferry 2 - juin - 2011 Best of, Critiques

 

Un film de Neil Burger. Avec Bradley Cooper, Robert De Niro, Abby Cornish. Sortie le 8 juin 2011

 

Bradley Cooper fait chauffer sa matière grise dans un thriller faussement prise de tête. Prenez vos tubes d’aspirines !

 

Note : 3/5

 

Et si une pilule magique vous permettait d’exploiter pleinement tout votre potentiel intellectuel, vous savez ces fameux 90% de votre cerveau qui restent en sommeil tandis que les dix  autres s’échinent à faire le reste ? C’est l’expérience que va vivre Eddie Mora (Bradley Cooper), écrivain en panne d’inspiration passé de l’état de semi clodo à celui de golden boy grâce à une drogue miracle. Troisième film de Neil Burger après le mignon mais prévisible L’illusionniste et l’inédit (du moins en salles) The Lucky Ones, Limitless a déjà pour lui un concept sacrément emballant car prompte aux variations les plus folles. Il faut dire que la perspective même de se transformer en Superman du cortex grâce à une gélule pas plus grosse qu’une amphét’ en fin de course a de quoi laisser rêveur. Et le moins que l’on puisse dire c’est que Limitless parvient sans mal à faire illusion. Comment ? Tout bonnement par l’entremise d’une mise en scène nerveuse flirtant souvent avec le clip mais jamais insupportable. Ayant visiblement bouffé du lion, Burger parvient à  retranscire parfaitement l’impressionnante tempête synaptique couvant sous le crâne de son héros. Inspiré, il s’autorise quelques belles audaces visuelles et dynamise un film qui aurait pu être très vite limité par son pitch. Soit des parti pris pêchues à défaut d’être originaux (la séquence d’introduction a des petits airs de Fight Club light) qui traduisent une certaine urgence et nous embarquent sans mal dans ce marathon du neurone cramé !

 

 

© Rogue Pictures

 

Sauf que voilà : à l’image du Lièvre qui s’est toujours cru plus rapide que la Tortue (il paraît que La Fontaine forge les esprits !), Limitless va trop vite et multiplie les chemins détournés. Visiblement effrayé de voir son concept tourner trop rapidement court, Burger multiplie les sous intrigues. Thriller politique, pamphlet, drame… le film bouffe à tous les râteliers au point de ne plus savoir où aller. A trop dévoiler de pistes, il finit par n’en développer aucune et reste inlassablement à la surface. Symptomatique de cet état de fait, l’addiction créée par cette drogue transformant quiconque la prend en véritable junkie, n’y est que sommairement crée. Dès lors on en vient à se demander si cette structure trop disparate ne servirait pas à dissimuler un manque de parti pris. En effet, difficile de dire si Limitless fustige ou loue la réussite facile tant il semble faire l’impasse sur la question et jongler constamment entre fascination et ironie. Ceci étant, il a toutefois le mérite de mettre en exergue une thématique fascinante : l’intellect comme nouvelle arme de l’arrivisme moderne. A ce titre, Bradley Cooper (qui marque ici son arrivée dans la cour des grands en tant que producteur) incarne à merveille un personnage ambigu, pétri des meilleures intentions, mais bientôt rattrapé par la réalité du capital et de l’individualisme. Vampirisant littéralement le métrage, il arrive même à piquer la vedette à un Robert de Niro pourtant très convaincant. Symbole fort de la réussite préfabriquée l’acteur au sourire enjôleur, idole de ces dames, porte à bout de bras ce Limitless aussi enivrant dans la forme que frustrant sur le fond.

 

Foutraque, Limitless n’en demeure pas moins plaisant mais aurait gagné à rester sur une même ligne droite pour rendre son propos plus impactant !

 



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