Ilan Ferry 13 - novembre - 2014 Best of, Critiques

 

Un film d’Ira Sachs. Avec Alfred Molina, John Litgow, Marisa Tomei. Sortie le 12 novembre 2014.

 

John Litgow et Alfred Molina s’aiment et se séparent tandis que les taxis jaunes de New-York passent. L’amour plus fort que tout ?

 

Note : 3,5/5

 

On se souvient que pour les Doors, les gens étaient étranges, pour Ira Sachs c’est l’amour qui l’est ! Voilà ça c’était pour la petite référence musicale. En l’état, Love is Strange n’a strictement aucun rapport avec le groupe de Jim Morrison est entretiendrait plutôt une parenté avec le cinéma indépendant new-yorkais (un sous genre en soi) si cher au cœur de certains cinéastes. On y suit les déboires de George (Alfred Molina) et Ben (John Litgow) qui, après 39 ans de vie commune, décident de se marier. Malheureusement, George se fait licencier peu de temps après, obligeant ainsi le couple à quitter son appartement newyorkais pour aller vivre chacun chez un proche. Survivront-ils à cette séparation ? C’est toute la problématique de Love is Strange qui traite de la difficulté, non pas d’assumer son homosexualité aujourd’hui (bien que ce soit l’un des thèmes latents) mais plutôt de continuer à exister en tant que couple dans une société moderne bien décidée à la broyer sous le poids des conventions sociales et économiques. L’amour plus fort que la crise ? Voilà la question que se pose Ira Sachs qui prend New-York comme épicentre de sa réflexion. A travers son couple vedette, Sachs se demande si l’amour à encore sa place dans une grande ville de plus en plus déshumanisée. Bien que proches géographiquement, ses personnages semblent s’éloigner de plus en plus, dérivant vers les rivages de l’incompréhension et d’un manque de communication fatal. Sauf qu’à trop charrier de thèmes à la fois, le cinéaste rend la lecture de son propos difficilement discernable comme s’il voulait raconter plusieurs histoires à la fois en prenant comme illustrations diverses tranches de vie.

 

© Pretty Pictures

© Pretty Pictures

 

Celle consacrée à Ben et George est peut-être la plus pertinente, puisque cristallisant toutes les questions du film, mais surtout la plus belle. D’une classe folle, Molina et Lithgow font merveille dans la peau de ce couple qui a su résister aux pièges du temps qui passe mais pas forcément à ceux de la distance. Un paradoxe aussi beau que déchirant qui donne à Love is Strange tout son intérêt. Car plus qu’une étude sociologique, Love is Strange est avant tout une grande et belle histoire d’amour entièrement portée par ses deux acteurs principaux. Impérial, Alfred Molina trouve ici l’un de ses plus beaux rôles au même titre que John Litghow dont l’apparente fragilité le rend tout de suite attachant. Et c’est bien là que se situe le cœur du film : dans l’empathie quasi immédiate que l’on ressent pour ces deux hommes dont l’amour et la complicité se ressentent à chaque instant de leurs échanges de plus en plus rare. De fait, on regrette que Sachs s’appesantisse un peu trop sur les turpitudes des personnes gravitant autour d’eux comme s’il ne savait pas toujours quoi faire de son couple vedette et se sentait obligé de meubler en élargissant son propos sans la même portée. Il y a donc deux films dans Love is Strange : le premier est une histoire d’amour sensible et tendre, drôle et triste, grave et légère… bref l’amour dans toute sa pluralité. L’autre est une chronique un peu plus convenue sur les sentiments à l’épreuve de la vie moderne.

 

Bien qu’empruntant des chemins de traverse pas toujours intéressants, Love is Strange reste une belle et poignante histoire d’amour new-yorkaise certes mais avant tout humaine. Un joli film tout simplement.

 
 

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