Amandine Thebault 10 - janvier - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Rob Espstein et Jeffrey Friedman. Avec Amanda Seyfried, Peter Sarsgaard, Sharon Stone. En salles depuis le 8 janvier 2014.

 

Qui était Linda Lovelace ? Telle est la question posée par ce biopic mi figue mi raisin.

 

Note : 2,5/5

 
Howl, le premier long métrage de Rob Espstein et Jeffrey Friedman revenait sur le procès du fameux Allen Ginsberg. Avec Lovelace, le duo nous propose le portrait d’une autre figure américaine, Linda Boreman, connue sous le nom de Linda Lovelace. Faut il revenir sur le parcours impressionnant des deux réalisateurs oscarisés ? Auteurs, réalisateurs et producteurs, les deux hommes sont des touches à tout aux CV long comme deux bras (The Times of Harvey Milk, Common Threads: Stories from the Quilt). Leurs projets antérieurs sont marqués par des thèmes autour de la sexualité, l’homosexualité plus précisément, ou encore la Beat generation. Pas étonnant que les producteurs aient pensé à eux pour réaliser ce biopic, écrit par le scénariste Andy Bellin (Trust).  A la fin des sixties, Linda ( Amanda Seyfried), étouffe sous les principes religieux inculqués par sa mère (Sharon Stone). Eprise de liberté et d’aventures, elle tombe sous le charme du charismatique Chuck (Peter Sarsgaard). Prête à tout pour satisfaire le bad boy, l’innocente jeune fille de bonne famille devient l’héroine du sulfureux Gorge profonde  (Deep throat). Le premier porno doté d’un scénario et d’une inconnue au casting. Linda se transforme en véritable phénomène de société. Erigée au rang de reine de la liberté sexuelle, elle se joue en facade de cette nouvelle popularité tout en subissant en coulisse les violences et les humiliations de son époux. Des années plus tard, elle dévoilera au monde sa sombre histoire intime et deviendra par la suite une des figures américaine du féminisme et de la lutte contre l’industrie du porno. Gorge profonde (Deep throat), de Gérard Damiano marque un tournant dans l’histoire du X. D’abord parce qu’il est le premier film du genre à mettre en scène une histoire avec des personnages et surtout parce qu’il est le premier porno à être diffusé dans le circuit traditionnel américains. Aussi sulfureux que fantaisiste, le film rencontre un immense engouement populaire, au point de devenir l’un des plus gros succès du box office. Quelle est la recette de la réussite? L’héroine, une inconnue dans le milieu, nommée Linda, s’inquiète de ne jamais avoir d’orgasmes. Elle rencontre un médecin bienveillant qui l’informe, après examination, que c’est tout à fait normal, puisque son clitoris est situé dans le fond de sa gorge! (Le filou). Ainsi Linda découvre le plaisir et des talents ignorés jusqu’alors. Subtil, donc…

 

© Tous droits réservés

© Tous droits réservés

 
Mais on ne peut aborder le succès de Gorge profonde et la propulsion de Linda Lovelace dans la célébrité sans comprendre le contexte ambiant de l’époque. Avec ce biopic, les deux experts du documentaire Rob Espstein et Jeffrey Friedman, nous plonge la tête la première dans cette Amérique des 70’s pop et rythmée. Toutes les images sont là mais le scénario ne parvient pas à les transcender.  L’intrigue se focalise sur le moment déterminant de la vie de Linda: le phénomène Gorge Profonde. Nous pourrions avancer que  c’est l’éternel problème du biopic qui en dit trop ou pas assez. Mais, en choisissant de nous présenter l’entrée de Linda dans l’industrie de la pornographie, le scénario décousu, suggère tout et passe à coté de beaucoup de choses, notamment la complexité du personnage que pouvait être Linda Boreman. On se concentre sur la désastreuse vie du couple, Linda et Chuck, mais les interactions entre tous les personnages dans une dimension plus psychologique sont édulcorées. On regrette aussi que la relation mère / fille, avec une immense Sharon Stone en puritaine désoeuvrée, soit traitée de façon si anecdotique. On nous présente la descente aux enfers d’une égérie, quand on se demande si le vrai sujet du film n’était pas sa tentative de reconstruction. Amanda Seyfried et Peter Sarsgaard parviennent cependant à nous captiver jusqu’au bout dans la tragédie sans sombrer dans le pathos. Si nous ne sommes pas face à un chef d’oeuvre, le film a le mérite de questionner le spectateur dans son ignorance de l’envers du décor mais aussi sur l’ignorance que nous avons de l’intimité de chacun.  Linda Boreman est morte dans un accident de voiture à 53 ans le 22 avril 2002. Après avoir tourné le dos au cinéma X, elle avait publié son autobiographie Ordeal, avant de s’engager auprès des Women Against Pornography.

 

Si le film n’est pas une réussite sur le plan qualitatif, il reste à voir pour appréhender la vie de son héroine et pour les questions qu’il suscite.

 



Powered by Preview Networks

Commentaires