Ilan Ferry 15 - mars - 2011 Best of, Critiques

 

Un film de Cédric Klapisch. Avec Gilles Lellouche, Karin Viard, Audrey Lamy. Sortie le 16 mars 2011

 

Cédric Klapisch entraine Gilles Lellouche et Karin Viard dans une vraie/fausse comédie hantée par le spectre de la mondialisation.  Et la tendresse dans tout ça ?

Note : 3/5

 

Qu’il examine Le Péril jeune ou nous fasse visiter L’Auberge espagnole, le cinéma de Cédric Klapisch n’a que très rarement connu la crise, préférant aux turpitudes auteurisantes de ses congénères, un ton léger porté par des personnages tantôt drôles, tantôt pathétiques mais toujours attachants.Bis repetita avec Ma part du gâteau qui marque le retour en force du cinéaste trois ans après Paris. Exit les phases introspectives d’adulescents mal dans leurs baskets et place aux sujets de société, les vrais, ceux qui font le bonheur des JT avant la série du dimanche soir ! Soit l’histoire de Steve, trader aux dents longues prêt à vendre sa mère pour peu que ça lui rapporte une belle commission, dont la route va croiser celle de France, ouvrière au chômage, partie de Dunkerque pour jouer les fées du logis à Paris.

 

 

Karin Viard dans Ma part du gateau

Karin Viard dans Ma part du gateau

 

Raconté comme ça, Ma part du gâteau fleure bon le démarquage français de Pretty Woman avec son lot de bons sentiments et sa morale consacrée selon laquelle l’argent ne fait pas le bonheur. Sauf qu’en bon témoin de son époque (tendance gaucho No Pasaran, sans que cela soit péjoratif), Klapisch sait bien que l’amour n’est pas soluble dans les hedge fund et qu’en pleine concupiscence du capitalisme sauvage, conter fleurette à sa bien-aimée en se roulant dans l’herbe n’est qu’une douce utopie ! Et non, l’ami Cédric n’est pas qu’un cinéaste aimant filmer les errances de Romain Duris sur fond du No surprise de RadioHead, c’est aussi un mec qui a des trucs à dire sur la société, les gens et même parfois les chats ! Cette rage, cette désillusion est palpable dès les premières images de son nouveau long métrage où l’allégorie lourdingue (mais comment couper de manière équitable le gâteau d’anniversaire ?) le dispute au montage clipesque façon pub pour GDF ! Le ton est donné.

 

 

Karin Viard et Gilles Lellouche dans Ma part du gateau

Karin viard et Gilles Lellouche dans Ma part du gateau

 

Il y a deux films bien distincts dans Ma part du gâteau. Le premier est une comédie romantico-sociale dont la dynamique repose essentiellement sur les contrastes entre les deux personnages principaux. Plaisant et souvent drôle, il s’appuie sur un duo fort en gueule et deux comédiens à l’unisson. Tout juste échappé des Petits mouchoirs, Lellouche parvient à donner une réelle consistance à un personnage trop stéréotypé (le mufle habitué à obtenir tout ce qu’il veut), tandis que Karin Viard apporte une touche de fraicheur et de sensualité bienvenue à un ensemble qui aurait pu se révéler bien anxiogène. Autour d’eux, gravite une brochette de seconds rôles formidables (Jean Pierre Martins, Zinedine Soualem) malheureusement sous exploités.  Autant de qualités qui permettent au film d’éviter les écueils du genre jusqu’au brusque changement de ton de la dernière partie.

 

Le deuxième, beaucoup moins réussi, est un mix mal dosé entre Wall Street 2 et le cinéma de Ken Loach. Dans le petit monde de Klapisch, les traders sont des salopards très méchants aveuglés par l’appât du gain tandis que les prolos, beaucoup plus angéliques, ont adoptés la philosophie made in Herta : ne passons pas à côté des choses simples.  Enquillant les clichés à foison, le film fait preuve d’une très grande maladresse dans sa peinture des inégalités sociales via une compilation de situations et dialogues caricaturaux (Ah la scène des petits canards !). Naïf, certes mais on attendait quand même mieux d’un  cinéaste ayant autant de bouteille !

 

Efficace quand il s’aventure sur les sentiers de la comédie, Ma part du gâteau perd de son capital sympathie quand il joue la carte politique. Montrer l’affrontement entre la France d’en haut et la France d’en bas soit, encore aurait-il fallu être un peu plus nuancé !

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