Ilan Ferry 22 - janvier - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Peter Segal. Avec Sylvester Stallone, Robert De Niro, Alan Arkin . En salles dès le 22 janvier 2014.

 

Robert de Niro et Sylvester Stallone reprennent les gants dans un match qui gagne en sympathie ce qu’il perd en audace.

 

 Note : 3,5/5

 

A l’heure où Evasion dans lequel Sly et Schwarzy partageaient l’affiche est totalement passé inaperçu, capitaliser sur l’affrontement entre deux acteurs  de légende comme unique argument marketing a-t-il encore du sens ? On l’espère en tout cas tant ce Match Retour orchestré par Peter Segal (Max la Menace) se révèle recommandable. Une surprise d’autant plus grande que l’affiche assez moche et surtout une projection presse de toute dernière minute (hier pour être précis) n’auguraient rien de bon. Mais non, contre toutes attentes, Match retour bat les pronostics des mauvaises langues. Nous voilà punis de notre manque de foi en la sainte dualité Sylvester Stallone/ Robert de Niro. Mais qu’est ce qui rend ce match tardif si sympathique ? Ses personnages d’abord qui, a contrario de nombreuses comédies formatées, se révèlent éminemment attachants. Il faut dire que nos protagonistes, ex boxeurs sur le retour accusant méchamment le poids des années, sont servis par deux acteurs au meilleur de leur forme. A commencer par un Robert de Niro moins cabotin et plus investi qu’on n’aurait pu le craindre. Visiblement heureux de retrouver Sly 16 ans après Copland, De Niro prend un plaisir évident à incarner le Kid, ancienne grande gueule du ring qui n’a rien perdu de son mordant. Face à lui, Sly ne démérite pas et lui tient la draguée sacrément haute. Alors qu’on aurait pu craindre qu’il nous refasse Rocky Balboa (référence évidente planant tout au long du film), le comédien surprend en ajoutant à son personnage une touche d’amertume qu’on n’avait pas vu venir. Ls deux hommes ne jouent jamais avec leur image de manière ostentatoire et nous offrent des interprétations inédites. Ainsi, on ne saura que trop remercier de ne jouer que très peu la carte du clin d’œil (à une ou deux amusantes exceptions près) pour mieux se focaliser sur son intrigue. Le secret de la réussite (somme toute relative, Match retour n’est pas le chef d’œuvre de l’année) du film réside avant tout dans son écriture qui a l’intelligence de mettre le holà sur les gags crétins pour mieux se focaliser sur des personnages plus fournies qu’à l’accoutumée pour ce type de comédie.

 

© Warner Bros Pictures

© Warner Bros Pictures

 

Ainsi, la force comique du film réside avant tout dans ses dialogues ciselés débités par des acteurs très heureux d’être là. Car oui, avant de se dérouler sur le ring c’est sous forme verbale que le match De Niro/Stallone se déroule et force est de reconnaître qu’en la matière, les deux hommes ne se privent pas de s’envoyer des vannes bien salées !  A leurs cotés, saluons la prestation d’Alan Arkin, excellent en entraineur libidineux, sorte de pervers pépère qu’on croirait tout droit sorti de la cuisse gauche de Mickey Goldmill, éternel entraineur de Rocky Balboa. D’où un plaisir communicatif qui contamine le spectateur au point que les inévitables défauts passent au second plan qu’il s’agissent d’incrustations assez moches (la séquence d’ouverture pique les yeux) ou de gags tombant parfois à plat. Mais en dehors de toute considération comique, le film réussit aussi le pari d’être touchant. En marge de l’affrontement mythique qu’il promet , Match retour peut aussi se voir comme une chronique douce amère sur les actes manqués, ceux auxquels on ne cesse de penser et qui nous reviennent à la tronche alors qu’on pensait les avoir enterrer bien profondément. En cela, on peut dire que la comédie de Peter Segall est une sorte de cousin éloigné de Rocky Balboa en moins guimauve et plus drôle. En témoigne la relation entre le Kid et son fils (interprété par un Jon Bernthal, aka Shane dans The Walking Dead) qui se révèle autrement plus touchante que celle entre Rocky Balboa et son fils dans le film éponyme. C’est peu ça Match retour : une comédie douce amère qui privilégie la dérision à toute considération passéiste, une sorte de trip nostalgique dopé au second degré et d’une tendresse infinie pour ses personnages. Et pour ceux qui se poseraient la question : oui le match tant promis aura lieu et le vainqueur n’est autre que… le spectateur.

 

Ni révolutionnaire ou original, Match retour est une bonne surprise qui a l’intelligence de ne jamais se reposer uniquement sur les lauriers de son prestigieux casting.

 

 



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