Alexis Pitallier 18 - novembre - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Mike Leigh. Avec Timothy Spall, Dorothy Atkinson, Marion Bailey, Paul Jeeson. Sortie le 3 décembre 2014.

 

Les dernières années de la vie de J.M.W. Turner par le réalisateur de Secrets et mensonges. Une biographie instructive qui valut à Timothy Spall le Prix de l’Interprétation masculine au Festival de Cannes 2014.

 

Note : 3,5/5

 

J.M.W. Turner (1775 – 1851) est resté dans les mémoires comme le « peintre de la lumière ». Membre de la Royal Academy of Arts, il était admiré par beaucoup de ses confrères et du public. Le film nous plonge dans son intimité durant les vingt-cinq dernières années de sa vie, ainsi que sa relation avec les peintres et les aristocrates de son époque. Habitant avec sa gouvernante et son père, son monde s’écroule à la mort de celui-ci. Il trouvera l’amour en la personne de Sophia Booth, sa logeuse à Margate où il se rend souvent pour peindre. L’autre intérêt du film de Mike Leigh vient aussi de son parti pris de nous montrer un Turner très différent de l’image que l’on pourrait s’en faire à partir de l’œuvre qu’il a laissée. Le cinéaste nous présente un homme rustre, extravagant, souvent grossier, aimant la bonne chair. Cette représentation correspond à ce qu’en disaient ceux qui l’ont côtoyé ou rencontré, Delacroix ne le vit qu’une fois et en fit un portrait similaire à celui dressé par le réalisateur. Cela dit, il ne manque pas d’humour, et reste sympathique. On découvre des éléments de sa vie privée, comme ses deux filles dont on n’apprît l’existence qu’après sa mort. Le film dresse un portrait de la société et du courant artistique de l’Angleterre du 19e siècle. On y voit un peintre investi dans sa recherche de la lumière et de la couleur au risque de dissoudre les formes et de choquer ses contemporains. En cela, il est l’un de ceux qui ouvriront une voie vers l’abstraction.

 

© Diaphana Distribution

© Diaphana Distribution

 

Mr Turner n’est pas sans défauts. Le spectateur lambda peut se perdre parmi les artistes et autres personnalités que le peintre côtoie s’il n’est pas spécialiste de l’histoire de la peinture anglaise. Le film aurait aussi gagné à être moins long (2h30). L’avis quant à la prestation de Timothy Spall ne peut qu’être ambivalent. Pour jouer cet homme rustre selon la directive de Mike Leigh, l’acteur s’exprime avec des borborygmes et des grognements. Il apporte cependant des nuances dans son jeu pour exprimer cette personnalité contrastée et finalement attachante et mérite son Prix d’Interprétation à Cannes. Autre remarquable interprétation, Dorothy Atkinson qui joue la fidèle gouvernante du peintre et qui fait de son personnage l’un des plus marquants et émouvants avec peu de mots.  Mr Turner est aussi une leçon de mise en scène. La caméra tourbillonne en même temps que Turner dans les scènes à la Royal Academy qui font partie des plus réussies. La composition des plans est irréprochable. La photographie est aussi à saluer. Les images et la lumière qui correspondent à celles des tableaux de l’artiste sont magnifiques ; rien que le premier plan est un poème. Il faut remercier pour cela Dick Pope, directeur de la photo et fidèle compère du cinéaste.

 

Malgré quelques défauts, ce biopic de Turner est à voir pour sa présentation de la vie et de l’œuvre du maître et pour la démonstration du talent de Mike Leigh qui réalise visuellement parlant l’un de ses plus beaux films.

 

 

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