Flavien Bellevue 16 - septembre - 2015 Critiques

 

Un film de F. Gary Gray. Avec O’Shea Jackson Jr, Corey Hawkins, Paul Giamatti. Sortie le 16 septembre 2015.

 

Le groupe le plus dangereux de l’histoire du hip-hop américain s’offre un biopic dense et d’une facture inattendue par le metteur en scène du Négociateur et de Friday.

 

Note: 3,5/5

 

Il était une fois sur la West Coast, dans un quartier de Los Angeles, cinq garçons qui aspirèrent à de meilleurs lendemains. La genèse du groupe N.W.A. commence avec un grand boum puisque l’un de ses membres emblématiques, Eric « Eazy-E » Wright,  ouvre le film avec une scène de deal de drogue qui se termine limite avec un tank de la police. C’était les années 80. 1986 pour être plus précis où la New Wave battait son plein (petit clin d’œil, pas anodin, au Everybody wants to rule The World des Tears for Fears) et lorsque la musique rap émergeait principalement de la côte Est. Alors qu’Eazy-E subit les déboires de ses trafiques, Andre « Dr Dre » Young et O’Shea « Ice Cube » Jackson, eux, commencent à se faire remarquer en boîte lors d’improvisations de mini-concerts au grand dam de leur employeur. Déjà, le style d’Ice Cube est palpable avec ses rimes et son flow engagés et entraînant tout comme l’habilité de Dr Dre à choisir les bons morceaux pour accompagner son MC. Antoine « DJ Yella » Carraby est aux premières loges mais semble jouer un rôle moins important alors qu’en réalité, il connaissait Dr Dre avant de rencontrer Ice Cube. Lorenzo Jerald Patterson alias MC Ren, lui, viendra les rejoindre dès 1988 (après le départ d’un autre membre fondateur mais éphémère, Arabian Prince connu plus tard sous le nom de Professor X). Adapter l’histoire N.W.A. en film n’est pas une mince affaire. Entre l’histoire du groupe, ses dissensions, la « guerre » East Coast – West Coast, la brutalité de certains membres du groupe avec les femmes, les rapports avec le producteur Jerry Heller et la période Death Row Records sous la main de fer de Suge Knight. Si la guerre du rap a été écartée ici, le problème avec les femmes n’a pas été conservé d’autant plus qu’un incident connu entre une journaliste et Dr Dre avait mal tourné. Ici, c’est relégué à une scène d’hôtel dont l’issue est plutôt comique. Sachant que Dr Dre est aux commandes de cette production avec Ice Cube et la veuve de Eazy-E, le choix fut surement plus facile pour eux, bien que cela avait été envisagé en pré-production par le metteur en scène. Pourtant, cet aspect aurait contrasté le personnage de Dr Dre avec une rédemption à la clé, au regard de sa vie actuelle.

 

Universal Pictures

Universal Pictures

 

À l’écran, Dre a bon fond car il paraît le plus sage de la bande. Ceci étant dit, F. Gary Gray choisit le reste des autres sujets précités et prend un angle qui résonne actuellement, celui de la brutalité policière envers la communauté noire et particulièrement les jeunes. N.W.A.- Straight Outta Compton permet de remonter le temps et de montrer à une nouvelle génération que les événements de Ferguson et autres ne datent pas d’hier. La scène à l’extérieur du studio d’enregistrement de Jerry Heller introduit parfaitement la raison du titre Fuck tha Police pour lequel le groupe aura des problèmes à jouer sur scène dans certains états et se verra même menacer par le FBI. L’affaire Rodney King avait soulevé un tollé dans la communauté noire qui avait aboutit à de longues émeutes. Ici elles sont retranscrites brièvement mais de belle manière avec notamment,  un travelling où la voiture de Dr Dre traverse quasiment un champ de bataille et qui s’oppose à un autre travelling, dans le sens contraire, vu plus tôt dans le film, faisant découvrir les quartiers de la Cité des anges sous un soleil éclatant. De bout en bout, Gary Gray tient son histoire et sa mise en scène sans véritable relâche durant plus de deux heures et vingt minutes. Il rend attachant cinq mauvais garçons qui subissent d’une part, une forme brutale de rejet de la société et d’autre part, une ascension sociale biaisée par leurs managers et ce, qu’il soit blanc ou noir. À ce sujet, Paul Giamatti campe une fois de plus, un manager de musique franchement pas recommandable, après le réjouissant Love & Mercy. Interprété différemment (heureusement) par Giamatti, c’est un personnage qui est captivant car la « sécurité » qu’il offre à Eazy-E et autres membres est à deux vitesses. Quant à R. Marcus Taylor, beaucoup moins connu, il offre une carrure idéale à Suge Knight qui est aussi imposant et intimidant que le véritable producteur. Cette histoire de jeunes partis de quasiment rien et leur tumultueuse montée en puissance digne d’un polar des années 90, font effet et promet, peut-être, de meilleurs lendemains pour le genre biopic musical (noir) qui s’est un peu fourvoyé ces derniers temps.

 

Sans l’avoir vu venir, N.W.A. – Straight Outta Compton est une des bonnes surprises de cette rentrée malgré son côté parfois trop consensuel . Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse…de la nostalgie où gravitent Tupac, Snoop Dog et consorts.

 

 

 

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