Flavien Bellevue 30 - juillet - 2014 Critiques

 

Un film de John Carney. Avec Mark Rufallo, Keira Knightley, Adam Levine. Sortie le 30 juillet 2014.

 

Après les rues de Dublin, le réalisateur de Once investit celles de New-York pour évoquer, de nouveau, la rencontre d’un homme et d’une femme par le biais de la musique. Mode Repeat ou Shuffle ?

 

NOTE 3,5 / 5

 

Le succès de Once, en 2006, a fait de John Carney, un metteur en scène à suivre. C’est donc tout naturellement qu’il se retrouve à tourner aux Etats-Unis, cette fois, sous une « grosse production indé » : The Weinstein Company. Bien que les frères Weinstein ne soient pas impliqués directement dans la production, il est clair que des producteurs comme Anthony Bregman (producteur entre autres des premiers films américains de Michel Gondry) ou encore Judd Apatow (très sage comparé à ses autres productions) donnent une vraie pâte indé à l’ensemble. Si le schéma de l’histoire de New York Melody semble en mode Repeat (déjà vu), il n’en est rien car John Carney se passe de l’aspect comédie romantique entre les deux personnages principaux (mode Shuffle). Malgré l’échange d’un regard au ¾ du film que chacun et chacune interprétera comme il veut, le metteur en scène raconte plutôt la rencontre d’un producteur et d’une artiste. Avec ce film, il en profite pour parfaire sa mise en scène et démontrer sa faculté de jouer de l’espace (temporel et physique) et du temps notamment dans la première partie du film. Par un montage habile et dynamique, nous découvrons la vie de Dan (Mark Ruffalo) qui vient tout juste d’entendre Gretta (Keira Knightley) sur scène. Très vite, on comprend que ce personnage de producteur de musique divorcé, au bout du rouleau, n’arrive plus à dénicher de perles rares pour son label indépendant et tente tant bien que mal à communiquer avec sa fille adolescente. Mais ce soir, il vient de voir son dernier atout sur scène sur fond de musique pop. Ce passage charnière de cette première rencontre donne lieu également à découvrir le bref passé de Greta en pleine rupture avec son compagnon musicien Dave (Adam Levine). Ne croyant plus à sa musique qu’elle écrivait pour lui, c’est un ami de longue date et musicien de rue qui la pousse à se produire sur cette scène. Sans être extraordinaire, cette séquence revue quasiment trois fois mais d’un point de vue différent (celui où Dave imagine l’orchestration est savoureux) est suffisamment maitrisée pour être soulignée. New York Melody a pour lui ce côté « feel good movie » qui fait que l’on s’attache à l’histoire et aux personnages mais c’est aussi un peu sa limite.

 

© UGC Distribution

© UGC Distribution

 

Si Dan propose à Gretta de faire un album avec lui malgré les réticences de cette dernière en premier lieu et de son propre label, dirigé par son associé Saul (Yasiin Bey alias Mos Def), ce projet ne rencontrera pas de grands obstacles malgré le système D employé. Dan a beau être sur la paille mais sa réputation et son bagou l’aident à dénicher la logistique et l’équipe de musiciens dont il a besoin. Dès lors le film verse dans les bons sentiments et frôle la niaiserie mais le talent de John Carney permet d’éviter le pire car il en profite pour ajouter un autre regard sur une industrie qu’il a bien connu : la musique. À l’heure où on peut dénicher des nouveaux talents sur la toile (non il n’y a pas qu’à la télévision), où tout va de plus en plus vite avec un ordinateur portable, des micros et un bon logiciel de musique, cette industrie a bien changé durant ces quinze dernières années. Cet état de fait vie aussi dans le film et peut-être que le titre original Begin again ne sied pas uniquement à Dan et à Gretta mais aussi à l’industrie de la musique qui a besoin de se renouveler et de faire avec cette distribution parallèle qu’est Internet. Sans trop de heurts et de ruptures violentes, New York Melody se voit et s’entend comme un joli drame doux amer où les sentiments et la force de la musique l’emportent. Sans être exceptionnel, le film de John Carney confirme que son auteur est à suivre, peut-être, sur de bien meilleures aventures cinématographiques ; du moins, c’est qu’on lui souhaite tous en chœurs.

 

Au milieu des sorties aux ambiances chargés, New York Melody est une bouffée d’air frais dont le box-office estivale a bien besoin. Malgré un enjeu scénaristique peu corsé, le film de John Carney compte sur le talent de son metteur en scène et de son casting composé d’acteurs et de musiciens tous au diapason.

 

 



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