Ilan Ferry 12 - mars - 2015 Best of, Critiques

 

Un film de Jaume Collet-Serra. Avec Liam Nesson, Joel Kinnaman, Ed Harris. En salles depuis le 11 mars 2015.

 

Liam Neeson casse (encore) des bras dans son actionner le plus mature et émotionnellement fort. Un tournant aussi attachant que maladroit.

 

Note : 3/5

 

Après Berlin (Sans Identité) et un avion en plein vol (Non-Stop) , Jaume Collet-Serra lâche le chien fou Liam Neeson en plein cœur de Brooklyn pour une virée nocturne aux antipodes de leurs deux précédentes collaborations. Dans Night Run, l’acteur spécialisé dans le cassage de bras à l’irlandaise, incarne un tueur alcoolique embarqué dans une course folle pour protéger son fils traqué par les hommes de main d’un des plus gros mafieux de la ville. Il faut dire que le papounet a eu la très mauvaise idée de tuer le fiston du dit mafieux (accessoirement meilleur ami et employeur de notre héros) pour sauver sa progéniture. Vous suivez ? En substance, Night Run n’est rien d’autre que l’histoire de deux pères prêts à tout pour leurs enfants. Ni actioner, ni thriller, le nouveau film du duo Collet-Serra/Neeson est avant tout un drame familial aux surprenants et subtils effets de miroir planqué sous l’apparat du film noir, très noir. Ici, les voyous ont la gueule de bois, les parrains pleurent leurs chers disparus et les fantômes du passé hantent inlassablement ce petit monde dont le désir de vivre ne tient qu’à un fil. A la fois polar et radiographie d’une criminalité en prise avec les mutations de la société, Night Run brasse des thèmes passionnants qui le placent à part dans la filmographie commune du duo infernal. On ne sera pas étonné de retrouver au scénario Brad Ingelsby qui avait déjà signé le script du très beau Les brasiers de la vengeance autre récit de vengeance familial. On y retrouve cette même mélancolie, cette même vision de la violence comme sacerdoce et facteur de destruction. Des thèmes qui à priori s’accordent mal avec la mise en scène très m’as tu vu de Collet-Serra. Et c’est peut-être là que réside le problème du film : dans cette volonté parfois trop appuyée de marier tragédie criminelle à la James Gray et efficacité à la Taken. Une drôle de dichotomie que Collet-Serra ne gère pas toujours très bien, se focalisant sur certains événements, personnages au détriment d’autres.

 

© Warner Bros Pictures

© Warner Bros Pictures

 

Alternant séquences d’action pêchues et moments plus intimistes, Night Run ne semble pas toujours à quel saint se vouer et fait parfois du surplace alors même qu’il devrait passer la seconde. Si bien qu’on se prend à rêver de ce que Walter Hill aurait pu faire de tout ça, lui qui a excellé dans le film de poursuite urbaine, sous genre auquel Night Run tente tant bien que mal d’apporter sa pierre. Mais voilà : si on le sent peu à l’aise quand il s’agit de déposer les armes, le cinéaste parvient ici et là à créer de véritables moments de grâce notamment lors des affrontements entre Liam Neeson et Ed Harris ou Joel Kinnaman. Passionnant quand il analyse l’amitié ou la famille par le prisme du gun encore chaud, Night Run invite à voir au delà de sa fonction de high concept movie si bien qu’on lui pardonnera aisément ses maladresses tant il demeure louable dans sa volonté d’aller au delà, de gagner en profondeur. Pas toujours bien réalisé mais formidablement bien écrit, Night Run déçoit par son manque de ludisme scénique mais étonne par sa maturité. Ceux qui s’attendaient à un actioner rigolo à la Sans Identité et Non-Stop en seront pour leurs frais, Night Run est tout sauf ça. Et si on déplore que l’ensemble manque un peu de folie dans sa réalisation au regard de son sujet o combien passionnant, il reste un très beau drame humain porté par des acteurs au sommet.

 

 

Maladroit, Night Run marque toutefois une volonté évidente du duo Collet-Serra/Neeson de donner à leur cinéma une plus grande maturité quelque part entre le cinéma de Walter Hill et celui de James Gray. Rien que ça !

 

 

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