Ilan Ferry 7 - septembre - 2018 Best of, Critiques

 
Un film de Pierre Morel. Jennifer Garner, John Ortiz, John Gallagher Jr. Sortie le 12 septembre 2018.
 
Jennifer Garner fait ce qu’elle peut dans ce revenge movie dénué de réels enjeux.
 

Note : 1,5/5

 
Sous-genre très délicat en raison de l’ambiguïté qu’il sous-tend, le revenge movie n’est pas l’exercice le plus facile qu’il soit. Récemment Eli Roth (pas vraiment connu pour sa subtilité) s’y est à moitié cassé les dents avec le Bis mais néanmoins rigolo Death Wish. S’il n’y avait eu le manque d’implication flagrant d’un Bruce Willis aussi peu concerné qu’un clodo devant les problèmes judiciaires du couple Balkany, son hommage aux bandes réacs ayant fait la gloire de Charles Bronson aurait même pu être qualifié de « réussi ». Peppermint lui décline la même recette mais se positionne comme un « Punisher au féminin » qui aurait troqué l’excès de testostérone de Frank Castle pour une rage maternelle tout aussi dévastatrice. Un cap parfaitement assumé par une campagne marketing plutôt réussi où Jennifer Garner tape la pose en ange de la mort prêt à en découdre avec les méchants cartels. Et c’est certainement là que réside la seule vraie bonne idée de Peppermint : dans la féminisation de son personnage principal et surtout du genre dans lequel il s’inscrit. Et si sur le papier le film de Pierre Morel a tout pour nous faire saliver, à l’écran c’est une toute autre histoire. Dans la structure d’abord puisque Morel a pris le parti de faire démarrer son film à mi-parcours en ouvrant sur une Jennifer Garner déjà à l’ouvrage ! D’emblée les enjeux, le décor, sont posés sans qu’on en connaisse réellement les tenants et aboutissants et on espère que le flash-back qui s’annonce comblera les trous. Petit problème : celui-ci ne le fait qu’à moitié, s’arrêtant sur une évasion aussi abrupte que foireuse pour mieux nous rebasculer à l’instant présent, cinq ans plus tard, laps de temps durant lequel le personnage principal sera passé de l’état de gentille mère au foyer à celui de tueuse impitoyable maniant les armes et le close-combat comme personne sans qu’on sache trop comment ou comment passer de Desperate Housewives à Commando en un claquement de doigts !
 

Jennifer Garner stars in PEPPERMINT

 

En faisant totalement l’impasse sur le cheminement de son héroïne, le film empêche toute empathie pour cette dernière et donc ralliement à sa cause vengeresse, soit la règle numéro 1 du film de vengeance qui par essence voudrait mettre le spectateur dans cette position ambivalente de juge et partie. De même, le lien que cette mère terrassée par la douleur a pu nouer avec les habitants d’un quartier défavorisé – devenant par là même leur ange protecteur- se voit totalement éludé. Le problème de Peppermint réside dans sa propension à cédé au symbolisme pur au détriment de l’écriture. Les personnages bons comme mauvais n’ont aucune épaisseur et peinent à exister comme si leur seule raison d’être consistait à donner le change à une Jennifer Garner iconisée à mort. A l’image d’une série qu’on prendrait en cours de saison, le film de Pierre Morel demande donc de composer avec des enjeux dramatiques qu’on n’aurait pas eu le temps d’intégrer. Et si l’on devait tenter l’analogie gastronomique, on pourrait dire que le film s’apparente à un gruyère alléchant au premier abord mais rempli de trous béants. Dommage car techniquement parlant, Peppermint est le « meilleur » film de Pierre Morel dont les faits d’armes (Gunman, From Paris with love, Banlieue 13…) étaient autant d’invitations à se laver les yeux avec de l’acide chlorhydrique puis de l’encre de sèche tout en s’assurant de ne pas avoir perdu quelques neurones en route. Si l’on excepte le pillage en règle stylistique de Man on Fire, Peppermint est en termes de mise en scène plutôt correct avec notamment des scènes d’action plutôt bien torchés. Autant d’éléments qui confirment que Pierre Morel est davantage un technicien qu’un conteur. Et si Jennifer Garner n’a malheureusement pas grand-chose à défendre, son implication évidente apporte au film cette petite touche d’humanité qui lui manque grandement. En l’état Peppermint n’est pas un mauvais film, il suscite juste une indifférence polie devant son absence d’enjeux et d’ambivalence.
 

Peu impliqué et impliquant, Peppermint se laisse suivre d’un œil distrait comme un téléfilm du samedi soir.

 

 
Et pour en savoir plus sur le revenge movie, nous vous invitons à (ré)écouter le podcast enregistré avec nos amis de FanFootage.fr sur ce sous-genre ô combien délicat. Enjoy !
 

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