Ilan Ferry 21 - juillet - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Gareth Evans. Avec Iko Uwais, Yayan Ruhian, Arifin Putra. Sortie le 23 juillet 2014.

 

Film de baston par excellence, The Raid 2 aura pourtant divisé la rédac qui a décidé de régler ça à la force de la plume. Que le meilleur gagne. FIGHT !

 

Contre par Mehdi Bounnah : 1,5/5

 

Film d’action ambitieux et film de gangster générique/déjà vu mille fois qui se perd dans une durée excessive, Raid 2 est une sacrée douche froide.

 

Malgré ses quelques défauts, The Raid restait très prometteur. Le deuxième film d’Evans avait pour lui une certaine puissance formelle lors des scènes d’action qui n’était jamais mise à mal par un film tourné à l’économie avec son décor unique maquillé. Cerise sur le gâteau fumant : il allait très loin dans la violence aussi. Le film de l’urgence n’était pas très bien tenu sur la longueur mais il y avait une vraie rage qui se dégageait de la bande. Rage qui rendait le projet immédiatement sympathique pour tout fan de pelloches qui sentent bon le plomb et les gnons. Le projet Berandal est nettement plus ambitieux. Le budget y est plus confortable (bien que ça reste sans commune mesure avec un film hollywoodien), et le film vise un peu plus haut avec des aspirations auteurisantes et des « thématiques » qui rongent littéralement ce film de gros bras.Résultat : un film de gangster interminable et générique, parasité par des scènes d’actions brillantes, mais qui sonnent très « hors-propos » avec la tragédie familiale qu’il tente de nous raconter. Une vraie œuvre schizo qui se démarque totalement du précédent. La cohabitation du gros B bourrin avec le film de gangster raffiné, c’est là le vrai problème du métrage.  Cet abandon du « film de l’urgence et de la précarité » au profit d’un style ample, vaguement péteux et ultra-sentencieux est assez triste. Car la fresque mafieuse bourrée de détours et de protagonistes se heurte à l’action flick rectiligne, virtuose et bas du front. Le film a un gros déficit de point de vue aussi, ce qui n’aide pas à tenir la longueur (2h28, pour rappel). Arrivé à un certain stade où l’histoire se densifie clairement avec la venue d’une nouvelle tête dans l’échiquier, le film vire au simili-Refn (esthétisme, étrangeté et dialogues cul-serré) Evans nous clame ses ambitions bien fort. *bâillements*. A une certaine classe formelle (l’esthétique y est nettement plus travaillée et raffinée que sur le précédent), se heurte un traitement vaniteux qui sonne creux lorsque le film ambitionne de raconter autre chose que le démantèlement de toute la pègre à coups de fractures ouvertes. Il faut bien dire qu’avec une grammaire visuelle lockée en mode guindée, The Raid 2 est rarement efficace aux niveaux émotionnel et sensitif, qui sont pourtant les deux moteurs qui devraient pousser le film de gangster vers le film d’action, et où le tragique devrait se marier avec le trivial. La figure du « jeune aux dents longues prêt à tout pour réussir », vue mille fois, n’est jamais transcendée, il n’y a aucun traitement qui serait spécifique au film par son style, rien qui ne serait raconté de façon vivante ou original. Il n’arrive jamais à rendre intéressante (ou juste impliquante) la quête de reconnaissance du fils par l’image.

 

© The Jokers

© The Jokers

 

Manque de bol, cet aspect du film bouffe 80% du métrage. C’est étrange de voir un réal qui arrive à faire passer un paquet d’idées dans l’action se complaire autant dans des scènes sans intérêt. Il n’y a rien dans ce qu’il se passe à l’image qui vienne justifier la durée et les ambitions tragiques. Globalement tout cet aspect est totalement contre-productif avec le film d’action qu’est aussi The Raid 2. Même un truc con comme le « il se retrouve seul contre tous » des deux dernières bobines, enjeu limpide du film de gros bras, passe mal tellement cet aspect est dilué dans le reste. Dans cette même idée d’opposer les deux facettes du film, il suffit de voir la caractérisation (très comic-book) par l’action de certains personnages secondaires, qui eux ne parlent pas, mais qui pourtant marquent bien les esprits et la rétine. A ce titre les deux scènes centrées sur un tueur qu’on ne reverra plus sont nettement plus touchantes et marquantes que tout ce qui précède. Le film décolle d’ailleurs vraiment avec la venue de ces persos secondaires muets qui accélèrent le récit. Une arrivée tardive mais salvatrice. Car ce côté pédant est néanmoins contrebalancé par des scènes d’action assez percutantes, parce que courtes et toujours inventives. Techniquement ça reste irréprochable dans son parti pris « in da face » les prises de vues lors des combat sont toujours aussi payante. C’est redoutablement efficace. La captation des mouvements, l’objectif prêts des combattants avec les décadrages brusques qui accompagnent les mouvements, rend ces scènes ultra-physiques. C’est vraiment remuant, sans aucun déficit de lisibilité, sans que ça bousille l’immersion dans l’action. Ceci couplé à une ultra-violence bloquée en mode no-limit, c’est peu dire que, de ce côté-là, il cueille vite le viandard qui est en nous. Le souci c’est que l’action n’est clairement pas le carburant du film…Parfois, les ambitions passent, mais tout est beaucoup trop boursouflé et mal équilibré pour nous faire pleinement apprécier la proposition d’actioner furieux et tragique. La plupart du temps on sent surtout que le réalisateur n’a pas les épaules pour tenir un tel. Les éclats de génie et toute la virtuosité formelle de Evans n’y peuvent rien : Le rythme étrange anesthésie, et le mariage entre les archétypes du B rectiligne qui charcle et celle de la fresque respectable aboutisse à un film bâtard qui au final n’inspire que l’ennuie.

 

 

 

 

 

Pour par Ilan Ferry : 4,5/5

 

Gareth Evans repousse les limites de tout ce qui a pu se faire en termes de cinéma d’action pour accoucher d’un véritable uppercut filmique.

 

Si vous avez trouvé la Coupe du Monde avare en mano a mano, soyez assuré que The Raid 2 se chargera de combler vos frustrations en matière de bourre pifs. Sorti il y a tout juste deux ans, The Raid premier du nom avait su redonner au cinéma d’action ses lettres de noblesse de par son approche très frontale du genre. Sorte de beat’em all couché sur pellicule, il avait ce quelque chose de galvanisant pour tout spectateur en manque d’action dopée à la testostérone. Pour son second film, Gareth Evans avait placé la barre très haut et bien malin celui qui saurait prendre la suite sans avoir l’air d’un petit bras. Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi même, le cinéaste a décidé de prendre les devants en signant un second opus respectant à la lettre le Bigger, Better, Louder d’usage pour toute suite digne de ce nom. « Respecter à la lettre » n’est pas vraiment le terme adéquat… « Pulvériser» serait plus approprié tant The Raid 2 s’évertue à repousser les limites de tout ce qui a pu se faire en terme d’action, reléguant ainsi son prédécesseur au rang de gentil échauffement. Rien que ça ! Une montée en gamme qui se traduit tout d’abord par une mise en scène étourdissante. Alors que le premier opus se voyait limité par l’espace exigu dans lequel ses personnages étaient enfermées, cette suite, elle, en prend le parfait contre pied en lâchant les personnages dans un environnement aussi vaste que possible, prenant l’environnement comme une sorte d’immense ring à ciel ouvert. L’occasion pour Evans de se lâcher totalement en proposant une mise en scène toujours plus inventive où le cadre même semble faire fi des limites spatiales. Plus ambitieux dans la forme, The Raid 2 se permet même de faire ostensiblement de l’œil à Only God Forgives empruntant à ce dernier cette espèce de mélange entre plans d’une incroyable beauté et violence sèche prompte à remonter les bretelles de n’importe quel blasé.

 

© The Jokers

© The Jokers

 

Oui, The Raid 2 est un film qui voit grand dans tous les sens du terme. Si le premier volet faisait clairement référence au cinéma de John Carpenter, cette suite, elle, préfère citer Francis Ford Coppola, Evans n’ayant jamais caché son intention de signer ici son « Parrain 2 ». Et le moins que l’on puisse dire c’est que ça marche ! Faisant directement suite au premier opus, cette suite voit notre héros, Rama, infiltrer le plus grand syndicat du crime indonésien. Un canevas extrêmement classique, prétexte au cinéaste pour enquiller des morceaux de bravoures tous plus incroyables les uns que les autres, avec en guise de climax , une poursuite en voiture proprement hallucinante. Des purs moments de cinoche, The Raid 2 en contient à la pelle si bien que le spectateur n’a d’autre choix que de se laisser emporter par ce ballet quasi ininterrompu de combats secs et ultra violent. Dense, opératique, puissant… le film d’Evans ambitionne clairement de s’affranchir de son statut de simple film d’action pour chasser sur les terres de la grande saga criminelle. Une mue plus que convaincante sur la forme mais handicapée par un scénario pas vraiment à la hauteur des velléités du cinéaste. A trop faire dans le spectaculaire au détriment des personnages et des enjeux dramatiques qu’il dessine, Evans finit par réduire ses derniers au rang de simples archétypes. Dommage car certains d’entre eux, iconisés à mort comme Baseball Bat Man et Hammer Girl parviennent à donner au film un coté comic book movie beaucoup plus approprié tandis que le personnage d’Uco interprété par Arifin Putra (troublant sosie de Brandon Lee) se révélerait presque touchant s’il n’avait été traité de manière aussi superficiel et ce malgré un charisme certain. C’est bien le seul reproche que l’on puisse adresser à ce morceau de pelloche tendu à l’extrême et qui prend un malin plaisir à exploser toutes les conventions en agrippant d’emblée le spectateur pour ne plus jamais le lâcher durant 150 minutes d’une folle intensité. Si The Raid 2 ne révolutionnera pas le polar, il a toutefois l’immense mérite de poser de nouveaux jalons en termes de film d’action, propulsant le genre vers des cimes qu’il sera probablement très difficile d’atteindre désormais.

 

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