Ilan Ferry 8 - août - 2016 Best of, Critiques

 

Un film de Paul Feig. Avec Kirsten Wiig, Melissa McCarthy, Chris Hemsworth. Sortie le 10 aout 2016.

 

Les ghostbusters se féminisent dans un vrai/faux reboot pas toujours abouti mais pétri de bonnes intentions.

Note : 3/5

 

Suite, remake, reboot… pendant de nombreuses années, l’avenir cinématographique de la licence Ghostbusters a soufflé le chaud et le froid avec les émotions des aficionados. Il aura fallu attendre l’annonce d’un reboot féminin par Paul Feig pour laisser apparaître une certaine et insupportable phallocratie au sein de la « communauté » geek. Et quand l’épiphénomène prend une telle ampleur qu’il ne laisse d’autre choix à l’actrice Leslie Jones (nouvelle Ghostbusters) que de quitter Twitter face au déferlement d’insultes sexistes et racistes qu’elle a reçu, on se dit qu’il y a vraiment un problème quelque part. De fait, le succès outre-Atlantique de ce reboot a cela de rassurant qu’il semble toutefois attester d’une certaine ouverture d’esprit, sinon de curiosité de la part du public, et ce en dépit d’un accueil critique mitigé. Paradoxe quand tu nous tiens ! Paradoxe est d’ailleurs un terme qui sied fort bien à ce nouveau S.O.S Fantômes constamment pris en étau entre volonté d’apporter du sang neuf et souci de ne pas trop froisser les fans. D’où l’impression de se retrouver devant un film bicéphale bourré de bonnes idées tour à tour tuées dans l’œuf ou pas assez exploitées à l’image d’un final dont le meilleur moment demeure une séquence de danse « ensorcelée », référence directe à The Mask, visible…lors du générique de fin ! Et pourtant, à plus d’un titre ce nouveau S.O.S Fantômes est une bonne nouvelle. Tout d’abord parce qu’il apporte un peu de légèreté à un été plombé par des blockbusters tous plus décevants les uns que les autres (Suicide Squad, Jason Bourne…). Ensuite, il prouve qu’on peut allier révérence et légèreté, héritage et transmission en se trouvant une identité propre. Du moins sur le papier, car le principal handicap de ce reboot aux nobles intentions est son illustre aîné auquel il se réfère un peu trop au risque de perdre de sa belle singularité. Certainement trop intimidé par le bulldozer auquel il succède et surtout sa place encore prépondérante dans le cœur des fans, ce SOS Fantômes 2.0 n’échappe pas aux caméos et clins d’œil d’usage parfois trop ostentatoire. Si certains font plaisir à voir, d’autres empêchent au film de prendre son envol et de s’imposer comme une version radicalement différente et peut-être même plus subversive.

 

Sony Pictures

Sony Pictures

 

Car la véritable audace de ce reboot réside avant tout dans son casting presque 100% féminin. Alors que l’on pouvait décemment craindre de voir des décalques de nos chasseurs d’antan, Paul Feig prend le pari de dessiner des personnages radicalement différents, peut-être davantage en phase avec la société actuelle ou la manière dont les femmes sont mises en scène dans le terreau très balisé de la comédie américaine. Comprendre par-là que si S.O.S Fantômes (à l’image des autres films de Paul Feig) prône le « renversement des valeurs » c’est avant tout avec légèreté et bienveillance. S’il n’est pas un réalisateur  hors pair, Paul Feig reste très doué dans sa manière d’écrire des personnages féminins forts, attachantes dans leur manière d’appréhender le monde et aller à l’encontre des diktats avec un culot qui n’appartient qu’à elles dussent-elles être timides ou grandes gueules. On pourrait ainsi voir son nouveau film comme une sorte de synthèse enrobée dans l’exercice o combien casse gueule de l’hommage. Ses chasseuses de fantômes sont autant de références aux personnages qu’il se plaît à mettre en scène depuis  Mes meilleures amies et plus récemment Spy. Si Melissa McCarthy et Kirsten Wiig s’en sortent relativement bien, on se souviendra surtout de Kate McKinnon et Chris Hemsworth, à l’origine de quelques-unes des scènes les plus drôles du film. La première, bouffe littéralement l’écran en chasseuse de fantôme lunaire et délicieusement barrée, tandis que le second se révèle extrêmement drôle en secrétaire beau gosse à la bêtise congénitale. Hilarants, ils insufflent au film ce degré de douce folie qui lui fait parfois défaut. Certes S.O.S Fantômes est pétri de défauts, ne fonctionne qu’à moitié, mais sa bonne humeur communicative et sa décontraction évidente détonnent. De quoi nous dérider un peu et nous faire oublier que cet été aura été particulièrement pauvre en matière de divertissements de qualité.

 

Sympathique et rafraîchissant, S.O.S Fantômes aurait gagné à être un poil plus audacieux et assumé dans ses partis-pris.

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