Julien Munoz 13 - novembre - 2018 Best of, Critiques

 

Un film de Drew Goddard. Avec Jon Hamm, Jeff Bridges, Cynthia Enrivo. En salles depuis le 7 novembre 2018.
 


La deuxième réalisation du scénariste Drew Goddard mérite-t-elle son statut de bonne petite surprise de cette fin de d’année ? (Spoiler : oui).

 

Note : 3,5/5

 

C’est un représentant en aspirateurs (l’irrésistible Jon Hamm), une choriste noire (la révélation Cynthia Enrivo) , un prête (l’émouvant Jeff Bridges) et une jeune femme indépendante (Dakota Johnson) qui entrent dans un hôtel niché à la croisière de la Californie et du Nevada. A l’image de l’époque politiquement trouble de l’action (nous sommes à la toute fin des années 60), l’interaction entre ces différents personnages que tout oppose va être propice à une certaine agitation. Il faut dire que le lieu dissimule en son sein autant de secrets inavouables et de faux semblants que ceux concernant chacun des visiteurs. En reprenant la mécanique du thriller à tiroir tarantinesque (pour la structure par chapitres révélant la véritable nature de chaque protagoniste), la seconde mise en scène du scénariste Drew Goddard (Cloverfield, Seul sur Mars dont la réalisation échoua finalement à Ridley Scott), se montre bien plus réussie que son précédent effort La Cabane dans les bois. Œuvre méta bancale souffrant du syndrome du « film de petit malin ». Probablement moins ambitieux dans sa volonté de scruter les mécanismes d’un genre donné, le résultat n’en est pas moins plus solide à l’écran, à condition de prendre Sale temps à l’hôtel El Royale pour ce qu’il est : un efficace exercice de style qui en explorant les démons de l’Amérique nixonnienne ((la ségrégation, le scandale du Watergate, le cauchemar hippie symbolisé par Charles Manson, la guerre du Vietnam…), se voudrait sans doute comme un miroir grand guignolesque d’une époque contemporaine (suivez notre regard), selon les avis de la critique intentionnelle.
 

20th Century Fox

 

Que Drew Goddard ait voulu proposer une métaphore du paysage politique actuel des États-Unis est tout à fait envisageable. Toutefois, on ne peut que constater que le réalisateur n’a ni un point de vue original sur le sujet, ni  (encore) la complète maîtrise d’un Quentin Tarantino ou d’un Steven Spielberg sachant beaucoup que lui mieux inscrire des résonances modernes dans une reconstitution historique.  Comme l’a encore prouvé le très en colère Les huit salopards et le très subtil Pentagon Papers (LE film anti-Trump de l’année). Mais il serait un peu malhonnête de reprocher à Sale temps à l’hôtel El Royale de ne pas se hisser à la hauteur de ses glorieux aînés constituant la fine fleur de l’actuel cinéma américain engagé. Car comme sous entendu un peu plus haut, le déroulement de l’intrigue s’avère des plus plaisants à suivre, supporté par une réal sophistiquée carrée et une direction d’acteur aux petits oignons. A ce titre nous n’avons pas encore évoqué la prestation de Chris Hemsworth, aussi séduisant qu’inquiétant en gourou hippie dégénéré donnant lieu à un déchainement de violence final cathartique comme on les aime. Au pire reprochera-t-on au film une durée excessive pour un genre qui se doit de concentrer au maximum le déroulement de l’intrigue pour en maximiser ses effets. Pas de quoi bouder son plaisir en ces temps où le cinéma américain semble ne plus rien avoir à offrir que des blockbusters dégénérés ou manufacturés à l’identique.

 

Plutôt détonant dans un paysage hollywoodien de plus en plus formaté, Sale temps à l’hôtel El Royale n’est pas un thriller à la Tarantino parfait mais il possède suffisamment de qualités pour mériter qu’on s’y arrête le temps d’une petite pause récréative.

 

C’est l’histoire de quatre podcasteurs dans un pub… la suite dans le nouveau numéro de Fin de Séance consacré cette semaine à Sale temps à l’hôtel El Royale et The Outlaw King. Écoutez, likez, partagez et n’hésitez pas non plus à laisser vos commentaires. Enjoy !
 

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