Juliette Branciard 16 - mai - 2016 Critiques, TV

 

Un film de Christopher Kenneally. Avec Keanu Reeves, David Fincher, Christopher Nolan. En diffusion sur OCS City le 16 mai 2016 à 23h00.

 

Il y a quatre ans, la star canadienne Keanu Reeves entreprenait un documentaire sur l’arrivée du numérique et son impact amorcé dans l’industrie du cinéma. Aujourd’hui, la révolution a pris de l’ampleur et la réflexion se poursuit. Le film sera à nouveau présenté au public à l’occasion du Festival de Cannes et diffusé pour la première fois en France sur la chaine OCS le 16 mai.

 

Note : 4/5

 

Georges Lucas avait raison. Il y a 20 ans le réalisateur de Stars Wars provoquait le monde du cinéma en annonçant la fin de la pellicule. Aujourd’hui c’est un fait. La fameuse bobine de film à l’origine de plus de cent ans de création a déserté les plateaux de tournages et les écrans. Cette prophétie est apparue à Keanu Reeves en 2011, alors qu’il travaillait à la post-production de Henry’s crime. « J’avais sous les yeux une image numérique et une image argentique côte à côte – d’où le titre du film Side by Side – et j’ai soudain pensé : « Oh mon dieu c’est la fin de la pellicule ! » », raconte l’acteur, invité par la chaine OCS à présenter son film au public français. Il n’imaginait pas à quel point la bascule vers le « tout numérique » s’ancrerait rapidement dans le métier. Henry’s crime est le dernier film en argentique sur lequel il a travaillé depuis. Side by Side saisi donc ce moment de l’histoire où les deux techniques coexistent, où la révolution numérique est en marche, avec ses partisans et ses détracteurs. Si certains comme James Cameron et Dany Boyle sont excités par les promesses qu’offre ce nouvel outil en terme d’effets spéciaux et d’amortissement des coûts de production, d’autres sont encore sceptiques sur la qualité d’image qu’il propose. « Beaucoup de réalisateurs avaient un rapport au cinéma qui datait de leur enfance, explique l’acteur. Ils ont eu l’impression de perdre quelque chose au niveau de l’artisanat ou du rendu ». C’est le sentiment de Christopher Nolan, qui raconte être encore attaché au bruit de la pellicule qui tourne, « à la part de rêve et de tension que nécessite un tournage en argentique ».

 

Tous droits réservés

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Réalisateurs, acteurs, chef opérateurs, monteurs… Le documentaire s’articule autour de leurs témoignages et révèle à quel point l’évolution technologique est venue bouleverser toute l’industrie du cinéma. Avec les caméras numériques qui permettent de voir en temps réel à quoi ressemblera l’image lors de sa projection, le pouvoir du chef opérateur s’est effondré. Grâce à sa science de la lumière, il était jusqu’à présent le seul à pouvoir définir la valeur d’une prise. Le réalisateur devait attendre les rushs, au risque parfois de mauvaises surprises. Avec l’infinité de prises possibles au moindre coût la durée des tournages s’est aussi allongée, pour le meilleur comme pour le pire. Dans Side by Side, David Fincher avoue par exemple avoir contraint Robert Downey Junior d’uriner dans des bocaux sur le plateau de Zodiac, tant les prises étaient interminables. Enfin, plus accessible et maniable, le numérique a considérablement démocratisé le 7e art. « Aujourd’hui tout le monde peut faire un film ! », se réjouit la star du grand écran. Mais plus que tout, le héros de « Matrix » est fasciné par l’incroyable évolution de la réalité virtuelle. « Depuis Metropolis ou encore Méliès on a toujours essayé de créer des mondes. Avec la nouvelle technologie les possibilités sont infinies, ça va être incroyable ! ». Son enthousiasme est largement partagé. Scorsese, Lynch, les frères Cohen… tous aujourd’hui sont tenté de travailler, modifier, façonner le réel. Changer la couleur du ciel, des arbres, et créer une ambiance selon ses désirs est devenu facile. Le moindre pixel est sous contrôle. « L’essentiel c’est que ce soit toujours fait avec cœur et passion », nous dit Keanu Reeves. La conclusion du documentaire est sans appel. Lorsqu’une étudiante en école de cinéma explique préférer le numérique à l’argentique pour des questions de temps et d’argent, on comprend qu’un savoir-faire se perd peu à peu au profit d’un autre, et que la fin de la pellicule est inéluctable. Le cinéma a pour vocation de se réinventer, la nouvelle génération en sera sans aucun doute digne. Mais qu’elle n’oublie pas que l’imperfection du réel, sublimé par un art, détient un charme irremplaçable.

 

Un documentaire essentiel et passionnant sur la fin d’une ère et l’avènement d’une autre. A voir absolument.

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