Ilan Ferry 26 - novembre - 2012 Best of, Critiques


 
Un film de Michael J.Bassett. Avec Adelaïde Clemens, Sean Bean, Kit Harrington. Sortie le 28 novembre 2012.

 

 

Six ans après le très bon opus de Christophe Gans, Silent Hill rouvre ses portes pour un retour tout en… douceur ?

 

Note : 1/5

 

Il y a plus de vingt ans, les Nuls offraient en trente petites secondes une hilarante ode au je m’en foutisme avec le cultissime sketch « Rien à branler nature » ! Ce qui correspond à peu près au sentiment qu’inspirent les quatre vingt quinze minutes de  Silent Hill : Révélation 3D. A bien des égards, le film de Michael J.Bassett est l’archétype même du film « rien à branler nature » tant dans sa mise en scène faisant un pauvre usage de la 3D que dans son scénario aux enjeux dramatiques inexistants. Située quelques années après les évènements du premier film, cette suite nous permet de retrouver Sharon en cavale perpétuelle avec son padre pour fuir les démons de Silent Hill. Inconsciente du danger qui plane sur elle, la jeune fille va se retrouver contrainte de retourner dans la ville maudite et en apprendre ainsi plus sur sa destinée.  L’heure de vérité a sonné ! Avec son pitch mixant allégrement les intrigues des jeux Silent Hill 1 et 3 et son titre plein de promesses, Silent Hill : Révélation 3D avait de quoi susciter la curiosité et ce, malgré la mise au placard du premier traitement par Roger Avary. Quid donc de ces fameuses révélations promptes à exciter le geek avide de creuser plus en profondeur l’univers crée par Konami ? Accroche toi à ton slip ami gamer/cinéphile et prépare toi à apprendre… Rien ! Plait il ? Bien en avare en divulgations diverses et variés, ce second opus se contente de paraphraser  à tout va son illustre ainé dans le vain espoir de camoufler le vide abyssale qui lui sert de scénario. Bien vite, il apparaît que Silent Hill : Révélation 3D n’a strictement rien à raconter au point de faire passer Twilight : chapitre 5 pour un modèle de narration ! Un point fâcheux que d’aucuns auraient essayé de compenser par des CGI à gogo, du gore à tous les étages ou encore une pelleté de scare jump histoire de sortir le spectateur de sa léthargie. Que nenni, Michael J. Bassett (qu’on a connu beaucoup plus inspiré avec le sympathique Solomon Kane en 2009) opte pour la traversée pépère en pantoufles égayant son parcours de quelques monstres aux looks de refoulés d’une soirée échangiste ! Et pourtant tous les éléments étaient réunis pour assurer un minimum de spectacle (nouveaux décors, bestiaire, méchants).

 

Silent Hill : Revelation 3D de Michael J.Bassett

© Metropolitan Filmexport

 

Las, Bassett préfère jouer la carte du recyclage plutôt que d’exploiter le vivier qu’il a sous la main. A trop citer son ainé, le réalisateur finit par tourner méchamment en rond sans jamais parvenir à dissimuler la profonde vacuité de l’entreprise. Dès lors deux solutions se présentent : s’indigner devant tant de paresse et d’opportunisme (rappelons quand même que la seule raison d’être de cette suite sont les cent millions de dollars rapportés par le film de Gans !) ou, à l’image du cinéaste, faire preuve d’une indifférence à peine feinte et suivre cette virée au pays de l’horreur neurasthénique avec un ennui poli comme le gamin de dix ans qui serait fixé sur les rails d’un train fantôme sentant la naphtaline ! A la question Silent Hill : Révélation 3D est il mauvais ? La réponse est définitivement oui. Tient- il de l’immondice cinématographique prompte à violer les rétines du plus indulgent des nanardeux ? Non. Car aussi pénible soit- il, le film ne contient aucun élément nanardisant qui le rendrait presque sympathique ou gentiment détestable. Non, il est juste totalement vain et glisse devant nos yeux comme un œuf sur une poêle Tefal ultra lisse. Pas de quoi se révolter mais juste se demander ce qu’on peut bien faire là ou si à l’heure actuelle les lamantins du zoo de Beuval ont eu le sentiment de passer une bonne journée ! Et s’il y a bien  une chose qui devrait émerger de grand huit du Prozac c’est bien la réhabilitation critique du Silent Hill de Christophe Gans autrement plus personnel et respectueux de son public que ce simili DTV pauvre à tous les égards. Une troisième voie s’ouvre au spectateur (ou spectatrice) que l’on sent déjà ronfler derrière ses lunettes 3D : amener sa copine (ou son copain), se planquer au fond et s’adonner à plein de petites choses marrantes que la morale réprouve. Dès lors, Silent Hill : Révélation 3D prend une autre dimension et s’impose comme le plus solide garant du ciment conjugal. Michael J.Bassett, meilleur ami du couple ? Qui l’eut cru ?

 

Plus indigent plus que révoltant, Silent Hill : Révélation se suit avec un ennui poli et fait amèrement regretter l’absence de Christophe Gans et sa clique de collaborateurs talentueux !

 

 

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