Ilan Ferry 26 - mai - 2018 Best of, Critiques

 
Un film de Ron Howard. Avec Alden Ehrenreich, Donald Glover, Emilia Clarke. En salles depuis le 23 mai 2018.

 
Le plus charismatique des contrebandiers revient dans une origin story beaucoup moins fade que redouté.

 

Note : 3/5

 
Conspué à Cannes où il s’est littéralement fait descendre par une critique assassine, Solo n’aura pas non plus convaincu le reste de la presse ainsi que le public puisqu’il n’a attiré que 89 338 spectateurs le jour de sa sortie signant ainsi le démarrage le plus faible pour un film de la saga Star Wars. Mais le film de Ron Howard mérite-t-il vraiment cette levée de boucliers quasi unanime ? Clairement non ! Oui Solo a des problèmes, beaucoup de problèmes mais de là à le qualifier comme le vilain petit canard de la saga, l’étron filmique qui aurait du rester dans une galaxie fort fort lointaine, il y a un pas de wookie que ce papier se gardera bien de franchir. Comme évoqué plus haut, les défauts du film sont nombreux et certainement pas étrangers à son houleuse genèse qui a vu les deux réalisateurs d’origine, Phil Lord et Chris Miller remerciés en plein tournage pour être remplacés par Ron Howard qui aurait retourné 80% du film. Connaissant le goût du duo derrière 22 Jump Street pour l’iconoclasme il y a fort à parier que leur Solo aurait sonné comme un véritable acte de piraterie méta qui aurait forcément détonné dans l’univers Star Wars. En faisant appel à Ron Howard, Disney a joué la sécurité au détriment de toute velléité d’audace ou de regard neuf sur la franchise. Ne comptez donc pas sur Solo pour apporter un brin de nouveauté, le film faisant dans le fan service parfois à outrance notamment lors d’un cameo final qui déconcertera ceux qui n’ont pas vu la série animée Clone Wars. Mais le vrai problème de Solo se situerait plutôt du coté de son récit parfois trop brouillon écartelé entre film de casse et western spatial handicapé par une volonté beaucoup trop prégnante de raccrocher les wagons avec la trilogie originelle. Et si les deux heures vingt du film passent beaucoup plus aisément que ceux d’un Avengers Infinity War on ne peut s’empêcher de penser que Solo aurait gagné en efficacité s’il n’avait pas perdu du temps à trop vouloir souligner certaines choses comme pour bien nous montrer que nous étions dans un film Star Wars. La réécriture à la hâte du film se fait ainsi ressentir notamment au détour de facilités scénaristiques totalement superficielles (l’origine du nom du héros, sa maitrise innée du langage wookie…). Cela mis à part on reconnaitra toutefois à l’écriture de Lawrence et Jonathan Kasdan une certaine efficacité notamment dans le traitement des personnages. L’autre point noir se situe au niveau de sa photographie terne et sombre qui non contente d’être totalement antinomique avec la tonalité plutôt solaire du film, l’affadit inutilement et rend ses scènes d’action pourtant très efficace moins lisibles. On n’ose imaginer ce que l’expérience doit donner en 3D, un monochrome peut-être. Pour autant, Solo n’est pas désagréable bien au contraire. Oui les antagonismes sont prévisibles, le dernier acte aurait du arriver beaucoup plus tôt et le film croule sous les maladresses qui trahissent un rafistolage de dernière minute mais pour autant le résultat s’avère étonnamment efficace et à mille lieues de l’accident industriel à la Justice League tant redouté. Car contrairement à ce dernier qui hurlait sa schizophrénie au détour de chaque plan, Solo n’est pas une hydre à trois têtes, un mélange contre nature et totalement hasardeux mais bien le film d’un metteur en scène qui a décidé de se réapproprier totalement un projet en y apportant son savoir-faire.
 

Lucasfilms

 

Réalisateur talentueux capable du pire (Da Vinci Code, Le Dilemme…) comme du meilleur (Rush, Frost/Nixon…), Ron Howard n’en est pas à son premier vol et parvient sur ce Solo à intégrer une donnée vitale : l’immersion. Comprendre par là qu’il réussit l’exploit de nous embarquer littéralement à bord du Faucon Millenium (pour ne citer que ce vaisseau) en compagnie de son équipe de flibustiers transformant son film en pur ride réservant son lot de jolis moments (dont une ébouriffante séquence de poursuite spatiale) et apportant un peps bienvenu. On a parfois trop tendance à l’oublier mais Ron Howard est un briscard qui sait ce qu’il fait et dont l’implication ou la non implication dans des projets se voit à l’écran. Heureusement pour le spectateur son Solo, sans être à la hauteur d’un Backdraft ou d’un Apollo 13 a ce petit quelque chose, cette vraie/fausse candeur proche d’un Willow et qui le rend immédiatement sympathique. Voilà, le mot est lâché : Solo est un film sympathique, une petite friandise sucrée (mais pas acidulée) qui se déguste et s’oublie aussitôt. S’il lui manque ce petit brin de roublardise supplémentaire, force est de reconnaitre qu’Alden Ehrenreich s’en sort relativement bien dans la peau de Solo malgré une propension à trop miser sur sa belle gueule. Mais la véritable révélation du film c’est Donald Glover absolument bluffant en Lando Calrissian. Monstre de charisme et de désinvolture, le comédien bouffe l’écran, apportant à la fois son magnétisme naturel au personnage de Calrissian tout en intégrant parfaitement son ADN si bien que l’on en vient à se demander s’il ne serait pas le fils ou petit-fils caché de Billy Dee Williams. Aussi léger que sobre dans sa propension à raconter la naissance d’un mythe, Solo de par sa tonalité apporte une petite touche de fraicheur dans l’univers bien trop codifié et solennel de Star Wars. A l’heure où la saga fait l’objet d’une taylorisation qui la dessert fatalement, cette alternative aussi perfectible soit-elle se révèle agréable et d’une certaine manière rafraichissante à défaut d’être révolutionnaire ou euphorisante.

 

Aussi inconséquent que léger, Solo, malgré ses défauts évidents, reste un divertissement efficace et plaisant qui ne méritait certainement pas sa mise au pilori.

 

 

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