Ilan Ferry 1 - juillet - 2016 Best of, Critiques

 

Un film de David Yates. Avec Alexander Sarsgard, Margot Robbie, Christoph Waltz. Sortie le 6 juillet 2016.

 

Une relecture poussive du personnage mythique imaginé par Edgar Rice Burroughs.

 

Note : 2/5

 

Si l’on excepte la version animée de Disney en 1999 et celle concoctée par nos amis allemands il y a deux ans, la dernière fois que Tarzan s’est invité au cinéma c’était dans Tarzan et la cité perdue en 1998, bisserie dans laquelle Casper Van Dien campait le seigneur de la jungle de façon très…personnelle tandis que la belle Jane March, toujours pas remise de sa prestation dévêtue dans Color of Night, minaudait sous le corset très serré de Jane. Il aura donc fallu attendre presque vingt ans pour qu’Hollywood se (re)penche sur le cas du mythique héros imaginé par Burroughs et lui redonne enfin la stature qu’il méritait loin du regard bovin de Christophe Lambert dans Greystoke ou des slips léopards de Johnny Weissmuller. Deux mètres-étalons que ce Tarzan-là ne risque pas d’égaler tant il se révèle poussif et en totale inadéquation avec la portée mythique du personnage. Pétri de bonnes intentions à commencer par une volonté évidente de personnifier le déchirement de son héros titre entre état sauvage refoulé et civisme forcé, le film se retrouve très vite piégé par un récit ronflant qui, ne sachant pas trop où il va, tente vainement de sauver les meubles par le truchement d’une narration éclatée et d’un montage faussement punchy mais réellement anarchique. Mais ce qui choque surtout dans ce nouveau Tarzan c’est son côté éminemment artificiel où tout sonne faux, des décors en carton-pâte à la faune 100% CGI. Pour un film prônant le retour à l’état « naturel », la démarche parait totalement contradictoire.

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Warner Bros

 

Car à trop vouloir polisser son univers, David Yates finit par le dépouiller de toute substance, la sauvagerie inhérente au héros répondant ici à des standards très actuels, accentué par des ralentis ostentatoires et un montage syncopé totalement anachroniques. On en vient dès lors à regretter que Warner ait sacrifié le projet de trilogie imaginé par Craig Brewer pour l’intégrer à celui-ci cornaqué par le newbie Adam Cozard (The Ryan Initiative) et Stuart Beattie (Pirates des Caraïbes – la fontaine de jouvence) et confié entre les mains de David Yates dont la réputation de yes man depuis qu’il est devenu le réalisateur attitré de l’univers Harry Potter. Reste à sauver de ce film plus approximatif que réellement mauvais, la présence d’un Alexander Skarsgard plutôt bon dans le rôle-titre. S’il se rapproche davantage du surfeur que du seigneur de la jungle, l’acteur parvient à donner une certaine fragilité à son personnage, lui donne corps de manière singulière à travers une démarche, une présence atypiques, malheureusement jamais pleinement exploités. Il parvient à insuffler à ce Tarzan ce supplément d’âme trop souvent étouffé par cette artificialité évoquée plus haut. De son coté, Margot Robbie incarne une Jane étonnamment badass tandis que Christoph Waltz et Samuel L. Jackson se retrouvent une fois encore engoncés dans des archétypes qui leur sied de moins en moins bien. Et c’est bien le principal défaut de ce Tarzan : son manque de spontanéité, d’ambition qui le fait suivre des sentiers archi rabattus alors que le personnage est l’incarnation même de l’appel à l’aventure.

 

Plus anecdotique que réellement mauvais, le Tarzan 2016 ne fera (malheureusement) pas oublier un certain Greystoke.

 

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