Ilan Ferry 20 - juin - 2012 Best of, Critiques

 

Un film de Marc Webb. Avec Andrew Garfield, Emma Stone, Rhys Ifans. Sortie le 4 juillet 2012.

 

L’homme araignée revient tisser dans les salles obscures pour un reboot qui ne s’imposait pas… du moins pas tout de suite !

 

Note : 2/5

 

 

« Il faut donner du temps au temps » disait Miguel Cervantès… Une citation que les pontes de Sony ont tôt fait d’oublier lorsqu’ils se sont repenchés sur le cas Spider-Man. Ainsi, on se souvient que l’annonce d’un reboot trois ans à peine après la sortie du moyen Spiderman 3 avait suscité une réelle polémique. Et ce n’est pas la première bande annonce qui a arrangé les choses, la planète geek s’évertuant davantage à décrier un fameux plan calqué sur le jeu vidéo Mirror’s Edge qu’à se focaliser sur des images plutôt rassurantes. A deux semaines de sa sortie, l’effervescence autour de cet objet du délit est elle retombée ? Pas sûr et elle ne risque pas de l’être lorsqu’il sera officiellement soumis aux fans du monde entier. De fait, on ne saurait trop conseiller d’oublier fissa la trilogie de Sam Raimi avant de vous engouffrer dans ce nouveau ride arachnéen. Plus facile à dire qu’à faire d’autant que Marc Webb fait ostensiblement de l’œil à son prédécesseur au détour de plans au gout de déjà vu. Mais alors qu’est ce que ce reboot peut bien apporter de plus ? Pas grand chose si ce n’est une relecture résolument plus teen. Vendu à tort comme étant plus sombre et violent que les versions de Raimi, The Amazing Spider-Man lorgnerait davantage vers la série animée The Spectacular Spider-Man dont il serait une transposition live en plus mature. Et s’il fallait absolument jouer au jeu de la comparaison on dirait que la réelle différence se trouve au niveau de la réalisation. Ayant les épaules peut être trop petites pour un tel projet, Marc Webb (dont c’est le second film après le très indie 500 jours ensemble) semble presque écrasé par l’ampleur du projet et se fend d’une mise en scène assez sommaire là où l’on attendait de vrais morceaux de bravoure.

 

 

Andrew Garfield dans The Amazing Spider-Man de Marc Webb

© Sony Pictures Entertainment

 

Un film de super héros intimiste pourquoi pas ? Encore aurait il fallu pour cela que le métrage soit traversé d’une réelle mélancolie et colle au plus près des turpitudes de son personnage principal. Or, à trop hésiter entre teen movie et film de super héros, le réalisateur finit par partir dans tous les sens, ouvrant sur une multitude de thématiques différentes pour mieux les laisser en jachère sans jamais revenir dessus. D’où l’impression de se retrouver un métrage empruntant uniquement des raccourcis scénaristiques sans jamais prendre le temps de développer quoi que ce soit comme si la finalité ne se trouvait que dans la succession de quelques figures imposées. Une frustration qui se ressent jusque dans les relations nouées entre les personnages. Si la romance Peter Parker /Gwen Stacy est plutôt convaincante, il lui manque ce  petit quelque chose pour nous mettre en apesanteur. Idem pour la relation entre notre héros et le Dr Conors qui reste très superficielle alors même qu’elle contenait tous les ingrédients pour constituer un formidable nœud dramatique. C’est un peu ça The Amazing Spider-Man : un condensé d’éléments intéressants jamais pleinement exploités et jetés à la face du public de manière bien trop disparate pour former un tout cohérent.

 

Andrew Garfield et Emma Stone dans The Amazing Spider-Man de Marc Webb

© Sony Pictures Entertainment

 

D’où l’impression de se retrouver devant une proposition singulière certes mais bien trop brouillonne. Un sentiment renforcé par une construction catastrophique (le cumul de scènes coupées se fait douloureusement ressentir) empêchant toute réelle implication dans l’histoire. Webb ne semble jamais savoir s’il veut s’affranchir de son ainé et rend ainsi son propos terriblement trouble. Un gâchis certes mais pas de quoi qualifier le film de ratage complet. Si une poignée de séquences confèrent à l’état de grâce c’est surtout la présence d’Andrew Garfield qui apporte au métrage le supplément d’âme dont il avait grandement besoin. Tour à tour drôle ou à fleur de peau, il incarne un Peter Parker réellement touchant car engoncé dans une multitude de contradictions qu’on aurait aimé davantage creusées. L’acteur au talent immense porte littéralement le film sur ses épaules si bien que son Peter Parker parvient à éclipser avec une certaine classe celui de Tobey Maguire. Rien que ça. Grâce à lui The Amazing Spider-Man se fait plus humain et on vient presque à oublier que l’ensemble sent un peu trop le produit formaté pour ados. Un reboot inutile donc mais qui devrait toucher son cœur de cible à condition qu’il puisse s’identifier à Peter Parker. S’il donnait moins l’impression de naviguer à vue, ce nouveau Spider-Man aurait pu apporter un regard intéressant (à défaut d’être original) sur un héros qu’on devrait peut être laisser tisser en paix !

 

 

Arrivé beaucoup trop tôt, The Amazing Spider-Man aurait gagné à être plus murement réfléchi au lieu d’être platement produit comme munition supplémentaire dans la guerre Marvel/DC.

 

 

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